À chaque mois

Publié le 5 juillet 2019

À chaque mois, tu vois du rouge dans tes bobettes. Des générations avant toi ont vu du rouge comme ça chaque mois. C’est ça être femme. Ce n’est pas être douce, gentille, accueillante, etc., non c’est pas ça qui caractérise une femme, un homme peut tout aussi bien avoir ces qualités. Ëtre une femme, c’est d’avoir un cycle à peu près aussi long que la lunaison et d’avoir la possibilité de mettre au monde un enfant.

En réalité, être femme, c’est vivre comme dans une spirale. Tu serais étonnée de voir tout ce qui varie en toi en accord avec ton cycle menstruel. Je prendrais absolument n’importe quel métabolisme ou n’importe quel système de ton corps – respiratoire, digestif, nerveux, éliminatoire, name it – et je pourrais te montrer qu’il change selon les phases de ton cycle. D’ailleurs je l’ai fait dans un chapitre de mon livre Le sang de la Lune.

C’est parce qu’il y a une danse dans ton corps. Cette danse crée la spirale dont je viens de te parler, la spirale dans laquelle tu vis.

Cette danse est créée par deux sortes de danseuses : des Mlle E2 et des Mme P4. Drôles de noms, je te l’accorde. La plupart de ces danseuses viennent au monde dans tes ovaires, mais tu serais surprise, elles voyagent beaucoup, partout. En réalité, elles voyagent dans absolument tout ton corps, même dans ton cerveau. Il y a cette danse même dans ton cerveau.

Mlle E2, c’est Estradiolle. C’est une estrogène, une molécule relativement petite et pas compliquée. Dans ton cours de chimie, si tu demandes à ton.ta prof la formule de E2, il ou elle te dira que c’est C18H24O2. Cool non? L’autre, Mme P4, c’est Progestérone. C21H30O2.

Vu de ce point de vue, elles se ressemblent vraiment beaucoup, mais si tu savais ce qu’elles laissent sur leur passage! wow! les Estradiolle et les Progestérone créent des mouvements puissants, mais dans certains cas, complètement opposés. Je t’en donnerai des exemples tantôt.

Elles sont très puissantes. Pourquoi je dis ça? C’est parce qu’à cause de leur petite taille, elles peuvent passer à travers la membrane du noyau des cellules, et là, elles peuvent modifier complètement le comportement de la cellule. Parce que dans le noyau des cellules, on est vraiment dans la salle de contrôle. Bien sûr, ça prend des réceptrices d’estradiolles sur la membrane nucléaire pour leur ouvrir le passage dans le noyau. Mais, quand même, c’est pas n’importe qui qui peut entrer dans le noyau; il faut pas être trop grosse. Les progestérones, elles aussi ont leurs réceptrices sur la membrane du noyau qui leur ouvre le passage, les réceptrices de progestérones.

Je vais te donner un exemple de leur action dans les cellules de ton endomètre. Je ne sais pas si tu le sais, mais l’endomètre, c’est l’intérieur de l’utérus. Endo, ça veut dire dedans, et mètre, ça signifie mesure. Bizarre, non? Faut pas te surprendre : ce qui tourne autour de l’utérus, comme les menstruations, ça a de tout temps permis de mesurer le temps, comme les lunes – pleine lune, nouvelle lune, etc. C’est aussi pour ça qu’on appelle les menstruations « les règles ». Parce que les lunaisons ont toujours permis de mesurer le temps, en tout cas assez longtemps pour que les mots restent. Au début, et pendant très longtemps, les calendriers étaient des calendriers lunaires, tu sais ça?

Donc, dans ton endomètre, dans la partie intérieure de ton utérus, quand les estradiolles arrivent, elles entrent dans les noyaux et là elles font se multiplier les cellules. C’est ça leur action. Ça donne quoi? Ça amène une prolifération de cellules. La couche de l’endomètre concernée, celle qui contient des réceptrices d’estradiolles, et bien! elle double de volume, elle triple, elle quadruple, de volume… et même beaucoup plus. Je te dirais pas à quel point elle épaissit! Et là c’est fou, ça se peut pas. Si ça n’arrêtait pas, ça ferait comme un cancer, ça ferait une bosse qui grossirait démesurément. D’autant plus que les estradiolles profitent de leur position dans la salle des contrôles (dans les noyaux) et elles s’arrangent pour qu’il y ait de plus en plus de réceptrices d’estradiolles disponibles. C’est le party là-dedans… et les parents sont partis, on en profite. Hi hi hi!

Mais, à un moment donné, les progestérones se pointent. Qu’est-ce qu’elles font les progestérones? Elles font le contraire. Le party arrête! Tu vas voir. Quand les progestérones arrivent, elles aussi entrent dans les noyaux des cellules au moyen de leurs réceptrices spécifiques. Une fois là, elles font en sorte qu’il y ait de moins en moins de réceptrices d’estradiolle. Ce qui fait que les estradiolles ne sont plus admises dans la salle de contrôle. Alors la prolifération des cellules cesse, et tu peux t’en douter, l’endomètre cesse de s’épaissir. Même qu’il s’effondre passablement.

C’est comme si les parents arrivaient pendant le party! Ouste la gang! Dehors.

De plus, peu à peu, les progestérones font diminuer le nombre de leurs propres réceptrices, si bien qu’à la fin, elles-mêmes n’ont plus de pouvoir d’action sur les cellules. Éventuellement, le nombre d’estradiolles et de progestérones chute, et là l’endomètre se disloque. Ça donne une menstruation.

C’est ça la danse dont je te parlais. En tout cas c’est un exemple…

À quoi te fait penser cette danse? Parce que là je ne t’ai parlé que de l’action dans l’endomètre. Ces molécules (E2 et P4) ont d’autres effets ailleurs dans le corps. C’est le cas, même dans le cerveau comme je te le disais tout à l’heure. C’est probablement ça qui fait qu’on peut vivre différents états d’âme selon qu’on est au début, au milieu ou à la fin du cycle menstruel. C’est comme si on te disait qu’à la pleine lune, tu as tendance à te comporter de telle et telle façon, au premier quartier – lune décroissante −, de telle autre façon, à la nouvelle lune encore d’une autre façon, et au dernier quartier encore d’une autre façon. C’est pas des farces. Tu peux même observer ça si tu te donnes la peine de noter tes états d’âme, tes émotions, tes comportements, etc. sur un calendrier ou dans ton agenda. Il y a des femmes qui écrivent et donnent des ateliers sur ce sujet fascinant et qui peuvent te guider dans tes observations. C’est bon de les écouter, car alors on se sent faire partie d’un grand cercle de femmes.

Si on regarde les effets des Mlle E2 et des Mme P4 dans l’endomètre, on se rend compte que les premières créent une expansion et que les deuxièmes ont un effet de diminution ou de contraction. Si tu connais l’astrologie, tu peux penser à Jupiter et à Saturne. Il se peut que dans la phase où tu t’approches de l’ovulation et où tu ovules, tu te sentes en expansion, justement. Tu as le goût de sortir, de voir du monde, tu es extravertie. Et que dans la phase qui suit, où Mme P4 prédomine, tu te sentes plus introvertie, que tu aies plus besoin d’avoir des moments seule.

Bon, je t’ai dit « Quand les estradiolles arrivent… » et « Quand les progestérones arrivent… », mais qu’est-ce qui fait qu’elles arrivent, disons dans l’endomètre? C’est qu’elles sont transportées dans le sang, et on sait que le sang va un peu partout. Même dans les écrans de télévision. Non, farce à part, ces molécules sont fabriquées dans des glandes et relâchées dans le sang et c’est pour ça qu’on les appelle des hormones. Une hormone qui n’est pas relâchée dans la circulation sanguine n’est tout simplement pas une hormone. Faut l’appeler autrement, sinon ça mélange les autres.

Une hormone peut venir d’assez loin, elle peut venir d’une glande située assez loin dans le corps. Elle joue ainsi un rôle de messagère entre différents organes, glandes, tissus, etc.

J’espère que j’ai réussi à te faire aimer Estradiolle et Progestérone. J’espère aussi que mon exemple de l’endomètre a réussi à te montrer que ces deux molécules peuvent à elles seules créer des mouvements complémentaires qui font qu’on peut vivre « comme dans une spirale ».

Andrée


As-tu des crampes?

Publié le 21 juin 2019

C’est dommage ces douleurs au ventre. Si tu savais comme je te comprends! Moi aussi j’en avais. Je sais qu’il y a pire, que certaines femmes souffraient plus que moi, mais ça n’enlève rien : la douleur est là quand elle est là.

Je vais t’expliquer ce qui se passe dans ton utérus quand tu as des crampes menstruelles. Ça t’aidera à comprendre, et peut-être à aller voir dans ta forte intérieure (féminin de « for intérieur », jeu de mots que j’aime bien) ce qui peut être relié à ça.

Les crampes, elles viennent de contractions de ton muscle utérin. L’utérus, de la dimension et un peu de la même forme que ton poing fermé, est un muscle muni, en son centre, d’une cavité tapissée d’une muqueuse importante pour la reproduction qui s’appelle l’endomètre. Dans le muscle, entre les fibres musculaires et dans le même sens qu’elles, s’allongent des vaisseaux sanguins – artères et veines. Ces artères éventuellement changent de direction (un ±90°) et se dirigent vers le centre de l’utérus pour rejoindre l’endomètre où elles se ramifient abondamment.

Le problème avec les crampes utérines, c’est que les contractions du muscle sont trop rapprochées les unes des autres et que, de toute façon, le muscle ne se détend pas assez entre les contractions. Le muscle ne parvient pas à se relaxer assez longtemps ou suffisamment pour permettre au sang de bien circuler dans l’endomètre. Les vaisseaux sont étranglés. Alors, ce qui se passe, c’est que les fibres nerveuses qui se trouvent dans l’endomètre perçoivent le manque d’oxygène – normalement transporté par le sang −, ce qui se traduit par de la douleur. On a cette cascade : absence de relaxation entre les contractions > étranglement des vaisseaux sanguins par les fibres musculaires > manque d’oxygène dans l’endomètre > perception de la douleur.

Des auteur.e.s qui ont écrit sur ce phénomène comparent les contractions de l’utérus à un orage dans cet organe. L’image est bonne, car il est vraiment question de décharges électriques; ce sont des décharges électriques qui font se contracter les fibres musculaires. Pendant les épisodes douloureux, alors que les contractions musculaires sont irrégulières et que des fibres demeurent tendues, les niveaux de voltage sont élevés, comparables et même parfois plus élevés que lors d’un accouchement douloureux. De plus, il y a le caractère désordonné, non synchronisé des contractions des fibres musculaires. On parle de dysrythmie contractile du muscle utérin.

Ces fortes décharges électriques − ou nerveuses – sont des impulsions venant de l’encéphale, de ce qu’on appelle communément et à tort le cerveau. (Le cerveau est seulement une partie de l’encéphale, soit sa partie supérieure, ou néocortex. Le mot anglais brain se traduit en français par « encéphale ».) Le problème des crampes menstruelles est donc de source neurologique.

Il y a autre chose qui a le pouvoir de réduire la circulation sanguine dans l’endomètre et qui ne concerne pas le muscle utérin. Ce sont les mini, minimuscles qui se trouvent dans les parois des vaisseaux sanguins. En effet, ces parois sont munies de fines fibres musculaires qui font se resserrer – ou au contraire se dilater – les vaisseaux sanguins.

La médecine insiste beaucoup sur l’action de molécules appelées « prostaglandines », des acides gras qui agissent sur les fines fibres musculaires contenues dans les parois des vaisseaux sanguins. Le nom prostaglandines vient de « prostate », du fait qu’on a identifié ces molécules pour la première fois dans le liquide séminal des hommes. Les prostaglandines sont fabriquées un peu partout dans ton corps, elles agissent localement et se dégradent rapidement.

Les prostaglandines se classent dans plusieurs catégories selon leur structure moléculaire. Certaines ont pour effet, entre autres, de faire se contracter les fibres musculaires, certaines autres, de les faire se relaxer. Ces molécules se ressemblent, et ce sont des enzymes qui les font se transformer les unes en les autres. Une classe, les PG (prostaglandines 2-alpha) est particulièrement agressive pour faire se contracter les fibres musculaires (tant des vaisseaux sanguins que du muscle utérin). L’industrie pharmaceutique a mis au point des substances qui inhibent la production de l’ensemble des PG, les relaxantes comme les freakantes.

Maintenant, quand vous lisez des articles sur les crampes menstruelles dans des magazines ou des pages web, on vous parle des anti-inflammatoires, qui sont efficaces dans 70 % des cas pour le soulagement des crampes menstruelles. Attention, car cela – l’usage de ce nom, « anti-inflammatoires » – donne l’impression que les menstruations sont un processus inflammatoire. Il n’en est rien. Il faut faire attention avec cela. Ces idées nous portent à associer les règles avec d’autres idées comme la toxicité, l’impureté, la maladie, etc. déjà associées aux règles. Ces idées sont néfastes, dangereuses pour la santé psychologique, car elles minent notre estime du corps, déjà bien malmenée. Elles donnent l’impression que l’utérus est en proie à quelque chose comme l’inflammation, oh horreur!

L’hypercontractilité et les spasmes du muscle utérin dont je t’ai parlé tantôt sont des phénomènes mécaniques et électriques qui ont été identifiés au début des années 1930 comme étant la cause des crampes menstruelles. Or, dans les années 1950, quand on a découvert une plus grande quantité de PG dans le sang menstruel de femmes qui souffraient de crampes menstruelles que dans celui de femmes qui n’en souffraient pas, on s’est mis à focaliser sur les PG et on ne parlait plus que de cela dans les articles scientifiques sur le sujet. On a cessé de parler de l’orage dans l’utérus et de l’origine neurologique du problème, et on a mis la faute sur les prostaglandines. Pourquoi? Parce que l’industrie pharmaceutique et la médecine avaient désormais quelque chose à proposer à toutes les femmes qui souffraient de crampes.

Si on fait le calcul, depuis environ 90 ans, on connaît la cause des crampes menstruelles, mais on l’a occultée depuis 70 ans pour des raisons d’intérêt corporatif, financier... en tout cas pas pour l’intérêt des femmes. Et pas non plus pour aller à la source, ce qui aurait sans doute généré des remises en question comme celle que je fais dans la suite de ce billet.

Il faut savoir que les connaissances – dans quelque domaine que ce soit − sont diffusées ou, au contraire occultées, selon les intérêts des personnes et des corporations qui contrôlent les médias et la recherche. Cela se fait via l’octroi de subventions et de diverses formes de récompenses. Les congrès scientifiques, entre autres, sont commandités par ces corporations, dont les compagnies pharmaceutiques sont parmi les plus puissants acteurs.

Il ne faut donc pas s’étonner que l’accent soit mis sur les PG plutôt que sur l’orage utérin dans les articles que l’on peut lire.

Voulant creuser plus loin, je me suis mise à avancer sur une autre piste. Celle d’une explication psychologique. Puis je suis allée encore plus loin, débouchant sur une piste psychosociale ou culturelle. Ainsi, au fil de mes recherches et réflexions, j’ai vu apparaître des explications qui remettent en cause des idées et des émotions que l’on a intégrées à cause de certaines influences culturelles très présentes dans notre société. Tout ça m’a menée à émettre une thèse que j’ai défendue dans mon livre Le sang de la Lune. La thèse explique que les crampes menstruelles sont en réalité « un appel de l’utérus ». En fait, le mot appel n’est plus assez fort pour moi. Je dirais maintenant que les crampes utérines sont un cri de l’utérus.

Suis-moi s’il te plaît. Je vais te ramener dans ton passé − proche ou lointain, selon ton âge.

Les filles, quand elles approchent de leurs premières règles, sont très curieuses de tout ce qui fait consensus dans la société sur ce qu’est être une femme aimée ou acceptée dans le monde adulte. Elles cherchent à comprendre, à saisir les critères de succès pour les femmes. Il faut se rappeler que la fille sait qu’elle va éventuellement quitter sa famille et qu’elle se dirige vers le monde social. C’est très important pour elle de comprendre, de saisir ce qui fait qu’elle sera aimée. Et plus elle a l’impression de ne pas être aimée telle qu’elle est, plus ce sujet devient épineux pour elle. Cela peut constituer une grande source d’angoisse. Un garçon aussi peut vivre cela. Cela fait partie du difficile passage de l’enfance à l’adolescence.

Tout le monde sait qu’il existe un fort tabou sur les menstruations. Et qui date d’il y a très longtemps

Le tabou menstruel contemporain fait en sorte que les gens évitent ce sujet et que, lorsque ce dernier tombe sur le tapis, les gens se sentent inconfortables. Bien sûr, ça tend à changer avec les nouvelles générations, et c’est tant mieux, mais il reste que ce changement est très nouveau. Les occasions où on entend parler des menstruations sont principalement dans le contexte soit de l’éducation sexuelle, soit de la visite médicale, soit des annonces publicitaires. Or, les filles étant si avides de compréhension sur ce qui fait qu’une femme réussit dans la vie, elles saisissent inévitablement l’ambiance qui règne quand elles entendent parler des menstruations… ou de l’utérus ou du clitoris, qui sont des mots que peu de gens osent prononcer. Elles sentent l’inconfort des gens qui en parlent. Elles sont témoins des tentatives d’évitement du sujet.

Alors que crois-tu qui se passe à ce moment-là? La fille finit par se faire à l’idée qu’il y a quelque chose de pas correct avec son corps, qui concerne son sexe, son appareil reproducteur et génital, son bas-ventre. Cette zone de son corps est louche, elle a quelque chose de sale, de pas acceptable socialement.

J’aimerais attirer ton attention sur le fait que les premières règles sont un moment où l’image du corps se structure et que les idées les plus centrales ou les plus importantes sur le corps se cristallisent pour très longtemps dans la vie – possiblement toute la vie. Il est très difficile par la suite de se débarrasser de l’expérience douloureuse – hyperangoissante − de se voir embarquée et débarquée dans la vie ado puis adulte avec un corps qui a quelque chose de pas correct. Pourquoi? Parce que cette expérience va se loger dans l’inconscient, étant trop douloureuse. À preuve, l’inconfort des femmes quand on parle de ce sujet.

Cela est très triste, car une femme qui croit que son sang menstruel est sale ou toxique aura de la difficulté à croire qu’un autre liquide qui sort de son corps, comme son lait, sera bon pour son futur bébé. Son lait sera louche, teinté par des mémoires bien enfouies dans son inconscient.

C’est pour ça que l’utérus crie, qu’il appelle la conscience dans cette zone du corps : pour que l’utérus et les autres organes comme le clitoris soient intégrés dans son image corporelle. Chaque menstruation est un effort de l’inconscient, de l’être tout entier de se réintégrer, de former un tout unifié.

Ce qu’on a appelé SPM, c’est justement ça, cet effort de réintégration. Je garde ce sujet pour un autre billet de blogue. Si tu es pressée de comprendre le SPM, tu peux aller sur mon site web sous l’onglet Articles.

Je vais terminer ce billet en insistant sur l’importance de te soulager des douleurs causées par les crampes menstruelles, car avec le temps tu peux développer une sensibilisation à la douleur. Je ne te recommande pas les traitements pharmaceutiques à cause de leurs effets secondaires, encore moins les contraceptifs oraux, à cause de leur effet nocif sur les os. Dommage qu’ils soient si souvent prescrits. Il y a toutes sortes de moyens non médicamenteux qui peuvent te soulager des crampes menstruelles. Une section de mon livre Le sang de la Lune décrit l’immense gamme de ces moyens à la portée de toutes. Tu peux aussi te rendre sur le site du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes (RQASF), un réseau formidable, pour lire son article sur les crampes menstruelles.

Ne laisse pas ton utérus crier! Mieux : va le voir, dis-lui que tu l’aimes, que tout ton sexe est correct. Si, après ça, tu vois une différence, SVP donne-m’en des nouvelles.

Andrée


Ce n’est pas parce qu’on n’en parle pas que ce n’est pas important

Publié le 7 juin 2019

As-tu l’impression qu’on te cache des choses sur les menstruations? Que ce qu’on te dit n’est pas tout à fait ça? Que c’est déformé? Merde! il doit bien y avoir quelque chose de positif dans les règles. À ta place, je me poserais des questions. En tout cas, moi je me les suis posées. Je m’y suis réellement plongée, curieuse des sujets cachés, souterrains, qui agissent puissamment jusqu’en surface.

Je te prépare un blogue, une série de billets qui t’amènera loin, très loin dans la compréhension de ton corps, de tes sensations, de tes émotions, cachées ou non, et de la société dans laquelle on vit. En plus… de la façon dont le patriarcat a pris racine et s’est installé dans nos sociétés et dans nos vies individuelles. Ce blogue sur les menstruations changera ta vie.

J’ai commencé ma vie menstruelle à 12 ans avec cette pensée : pas moyen d’être fière. Non, il n’y avait pas de quoi être fière. Le message qu’on m’envoyait était le même partout : motus! Consensus motus!

Mais là il faut que je te parle, que je te parle à toi. J’ai réalisé que ce que j’avais appris sur les règles – et que toi aussi tu as appris –, eh bien c’est faux. De faux concepts, de vieilles idées, distordues au fil du temps, et de nouveaux mythes à teneur médicale. As-tu hâte de faire le ménage là-dedans? T’as qu’à me suivre.

J’ai marché sur une terre brûlée. C’était d’une infinie tristesse. Au fil du temps, ce paysage, qui au départ m’est apparu si stérile, a commencé à verdir. Ce paysage brûlé est devenu terreau. Ça m’a pris du temps à en faire un jardin. Voilà où je veux t’emmener.

J’ai commencé à étudier les menstruations à la suite d’une vision, à 30 ans. J’étais sur mon lit. J’ai vu « Menstruations, pouvoir et joie » en lettres brillantes au plafond. Je savais que c’était le titre d’un livre et que c’est moi qui devais l’écrire.

Je ne me suis pas fait prier pour aller de l’avant. J’étais assise sur un tapis magique. J’ai aussitôt pris le chemin de la bibliothèque que j’avais fréquentée quand j’étudiais les maths et celui des autres universités de Montréal.

À l’époque, dans les années 1980, on traçait la piste de sa recherche documentaire à partir de petites fiches tassées les unes contre les autres dans de longs tiroirs. Onglet Menstruation. Au départ, je n’ai trouvé que des articles écrits par des psychiatres. Neurasthénie, hystérie… c’était le vocabulaire le plus courant. Lire ces articles m’a donné mal aux yeux. Puis je suis tombée sur un livre de Penelope Shuttle et Peter Redgrove, The Wise Wound. Wow! C’était avant le www.

Dans les années 1980, au milieu d’un fouillis d’articles de médecine sur le syndrome prémenstruel (SPM), sont apparus de plus en plus d’articles écrits par des femmes en psychologie, psychologie du développement ou éducation des filles, sociologie et anthropologie. J’allais de plus en plus souvent à la bibliothèque, car j’avais enfin de quoi me nourrir.

Des sommes colossales ont été dépensées en recherche sur le SPM, pour donner quoi? J’ai dû mettre aux rebuts une centaine d’articles qui me donnaient l’impression de tourner en rond. Pour voir apparaître plus tard une critique décapante de cette recherche biomédicale. Les chercheuses, qui s’étaient, pour la plupart, regroupées en une association pluridisciplinaire, la Society for Menstrual Cycle Research (SMRC), aux États-Unis, ont démontré rubis sur l’ongle, que la recherche qui avait donné lieu au concept de SPM était tarée. Truffée d’erreurs méthodologiques, de méthodes de collecte douteuses, de mauvaise foi. La boîte d’articles de médecine qui m’avaient fait tourner en rond a pris le bord!

Je me suis dit que tant qu’à écrire sur les menstruations, autant commencer par le très concret, par la physiologie. Ça a éventuellement donné un livre : Le sang de la Lune, la physiologie des menstruations. Puis, en lisant sur les premières règles – moment qu’on appelle la ménarche –, je me suis aperçue que cet événement était très important sur différents plans : émotionnel, relationnel – surtout avec la mère et, par ricochet, avec les autres femmes – et spirituel. J’ai vu l’importance d’aborder ce sujet. J’ai réalisé qu’il fallait absolument revisiter cet événement hyperstructurant si on voulait changer les choses, reprendre son pouvoir... et aider les filles à conserver leur pouvoir naturel.

La tricherie des auteurs en biomédecine, avec leur fameux concept de SPM, m’a dégoûtée, au point que j’ai voulu comprendre d’où était venue cette idée de voir les règles comme une maladie. Ça m’a amenée à faire un peu d’histoire du 19e siècle et du 20e siècle, notamment sur les bouleversements générés dans les institutions religieuses et capitalistes par les deux premières vagues féministes.

La recherche interdisciplinaire, menée essentiellement par les femmes, était hyperprometteuse, avec le nouveau concept d’exacerbation prémenstruelle qui remplaçait celui de SPM. Malheureusement, ce concept a été activement occulté par des acteurs d’organismes corporatifs, commerciaux et financiers. (voir article « Les menstruations, une occasion spirituelle » sur www.treizemeres.com)

Pendant ce temps, j’observais mes propres cycles, avec ses aspects tant positifs que négatifs… parfois même les deux à la fois. En m’observant moi-même, j’ai fini par me rendre compte que les règles pouvaient être un événement éminemment spirituel. J’avais des expériences de perception élargie, de médiumnité, de flashbacks fertiles, d’intuition accrue. D’ailleurs, en lisant des articles sur l’expérience des femmes dans la littérature scientifique, je me rendais compte que je n’étais pas la seule, que ces expériences étaient plutôt courantes chez les menstruantes.

Quand je me suis intéressée au tabou menstruel, à ses manifestations dans les divers types de sociétés, ah là! wow! quelque chose m’a sauté aux yeux. Je n’ai pu m’empêcher de comparer les pratiques et croyances menstruelles (interdictions, rituels, mythes) des sociétés patriarcales avec celles des sociétés plutôt égalitaires en termes hommes-femmes. Cette recherche anthropologique m’a amenée très loin. Elle m’a, entre autres, amenée à ressentir une grande empathie pour les hommes, généralement assez frileux de la spiritualité. Elle m’a surtout apporté une vision globale des menstruations, en bouclant la boucle : tout devenait cohérent, limpide. « Menstruations, pouvoir et joie », c’était exactement ces mots-là qu’il fallait me montrer.

Je ne t’en dis pas plus pour l’instant. Je t’invite à me suivre au moyen des billets que je vais afficher ici régulièrement et à me faire part de tes réflexions, commentaires, etc. Tu es aussi importante pour ce blogue que je le suis moi-même, car tout doit partir de l’expérience vécue pour assurer une base solide, valider ce que la science nous présente. Surtout éviter de créer de nouveaux mythes. On en a eu assez comme ça!

Remarque qu’on peut créer des mythes à partir de notre propre expérience, mais alors ce sont nos mythes à nous, nos symboles à nous. Ils deviennent la base de nos rituels à nous, les seuls qui aient du sens et qui nous connectent efficacement à ce à quoi on veut se connecter.

Alors j’attends tes remarques et commentaires. Merci d’avance pour toutes les femmes qui te liront et verront sans doute leur expérience personnelle validée.

Andrée

Blogue