Introduction

Ce n’est pas parce qu’on n’en parle pas que ce n’est pas important

As-tu l’impression qu’on te cache des choses sur les menstruations? Que ce qu’on te dit n’est pas tout à fait ça? Que c’est déformé? Merde! il doit bien y avoir quelque chose de positif dans les règles. À ta place, je me poserais des questions. En tout cas, moi je me les suis posées. Je m’y suis réellement plongée, curieuse des sujets cachés, souterrains, qui agissent puissamment jusqu’en surface.

Je te prépare un blogue, une série de billets qui t’amènera loin, très loin dans la compréhension de ton corps, de tes sensations, de tes émotions, cachées ou non, et de la société dans laquelle on vit. En plus… de la façon dont le patriarcat a pris racine et s’est installé dans nos sociétés et dans nos vies individuelles. Ce blogue sur les menstruations changera ta vie.

J’ai commencé ma vie menstruelle à 12 ans avec cette pensée : pas moyen d’être fière. Non, il n’y avait pas de quoi être fière. Le message qu’on m’envoyait était le même partout : motus! Consensus motus!

Mais là il faut que je te parle, que je te parle à toi. J’ai réalisé que ce que j’avais appris sur les règles – et que toi aussi tu as appris –, eh bien c’est faux. De faux concepts, de vieilles idées, distordues au fil du temps, et de nouveaux mythes à teneur médicale. As-tu hâte de faire le ménage là-dedans? T’as qu’à me suivre.

J’ai marché sur une terre brûlée. C’était d’une infinie tristesse. Au fil du temps, ce paysage, qui au départ m’est apparu si stérile, a commencé à verdir. Ce paysage brûlé est devenu terreau. Ça m’a pris du temps à en faire un jardin. Voilà où je veux t’emmener.

J’ai commencé à étudier les menstruations à la suite d’une vision, à 30 ans. J’étais sur mon lit. J’ai vu « Menstruations, pouvoir et joie » en lettres brillantes au plafond. Je savais que c’était le titre d’un livre et que c’est moi qui devais l’écrire.

Je ne me suis pas fait prier pour aller de l’avant. J’étais assise sur un tapis magique. J’ai aussitôt pris le chemin de la bibliothèque que j’avais fréquentée quand j’étudiais les maths et celui des autres universités de Montréal.

À l’époque, dans les années 1980, on traçait la piste de sa recherche documentaire à partir de petites fiches tassées les unes contre les autres dans de longs tiroirs. Onglet Menstruation. Au départ, je n’ai trouvé que des articles écrits par des psychiatres. Neurasthénie, hystérie… c’était le vocabulaire le plus courant. Lire ces articles m’a donné mal aux yeux. Puis je suis tombée sur un livre de Penelope Shuttle et Peter Redgrove, The Wise Wound. Wow! C’était avant le www.

Dans les années 1980, au milieu d’un fouillis d’articles de médecine sur le syndrome prémenstruel (SPM), sont apparus de plus en plus d’articles écrits par des femmes en psychologie, psychologie du développement ou éducation des filles, sociologie et anthropologie. J’allais de plus en plus souvent à la bibliothèque, car j’avais enfin de quoi me nourrir.

Des sommes colossales ont été dépensées en recherche sur le SPM, pour donner quoi? J’ai dû mettre aux rebuts une centaine d’articles qui me donnaient l’impression de tourner en rond. Pour voir apparaître plus tard une critique décapante de cette recherche biomédicale. Les chercheuses, qui s’étaient, pour la plupart, regroupées en une association pluridisciplinaire, la Society for Menstrual Cycle Research (SMRC), aux États-Unis, ont démontré rubis sur l’ongle, que la recherche qui avait donné lieu au concept de SPM était tarée. Truffée d’erreurs méthodologiques, de méthodes de collecte douteuses, de mauvaise foi. La boîte d’articles de médecine qui m’avaient fait tourner en rond a pris le bord!

Je me suis dit que tant qu’à écrire sur les menstruations, autant commencer par le très concret, par la physiologie. Ça a éventuellement donné un livre : Le sang de la Lune, la physiologie des menstruations. Puis, en lisant sur les premières règles – moment qu’on appelle la ménarche –, je me suis aperçue que cet événement était très important sur différents plans : émotionnel, relationnel – surtout avec la mère et, par ricochet, avec les autres femmes – et spirituel. J’ai vu l’importance d’aborder ce sujet. J’ai réalisé qu’il fallait absolument revisiter cet événement hyperstructurant si on voulait changer les choses, reprendre son pouvoir... et aider les filles à conserver leur pouvoir naturel.

La tricherie des auteurs en biomédecine, avec leur fameux concept de SPM, m’a dégoûtée, au point que j’ai voulu comprendre d’où était venue cette idée de voir les règles comme une maladie. Ça m’a amenée à faire un peu d’histoire du 19e siècle et du 20e siècle, notamment sur les bouleversements générés dans les institutions religieuses et capitalistes par les deux premières vagues féministes.

La recherche interdisciplinaire, menée essentiellement par les femmes, était hyperprometteuse, avec le nouveau concept d’exacerbation prémenstruelle qui remplaçait celui de SPM. Malheureusement, ce concept a été activement occulté par des acteurs d’organismes corporatifs, commerciaux et financiers. (voir article « Les menstruations, une occasion spirituelle » sur www.treizemeres.com)

Pendant ce temps, j’observais mes propres cycles, avec ses aspects tant positifs que négatifs… parfois même les deux à la fois. En m’observant moi-même, j’ai fini par me rendre compte que les règles pouvaient être un événement éminemment spirituel. J’avais des expériences de perception élargie, de médiumnité, de flashbacks fertiles, d’intuition accrue. D’ailleurs, en lisant des articles sur l’expérience des femmes dans la littérature scientifique, je me rendais compte que je n’étais pas la seule, que ces expériences étaient plutôt courantes chez les menstruantes.

Quand je me suis intéressée au tabou menstruel, à ses manifestations dans les divers types de sociétés, ah là! wow! quelque chose m’a sauté aux yeux. Je n’ai pu m’empêcher de comparer les pratiques et croyances menstruelles (interdictions, rituels, mythes) des sociétés patriarcales avec celles des sociétés plutôt égalitaires en termes hommes-femmes. Cette recherche anthropologique m’a amenée très loin. Elle m’a, entre autres, amenée à ressentir une grande empathie pour les hommes, généralement assez frileux de la spiritualité. Elle m’a surtout apporté une vision globale des menstruations, en bouclant la boucle : tout devenait cohérent, limpide. « Menstruations, pouvoir et joie », c’était exactement ces mots-là qu’il fallait me montrer.

Je ne t’en dis pas plus pour l’instant. Je t’invite à me suivre au moyen des billets que je vais afficher ici régulièrement et à me faire part de tes réflexions, commentaires, etc. Tu es aussi importante pour ce blogue que je le suis moi-même, car tout doit partir de l’expérience vécue pour assurer une base solide, valider ce que la science nous présente. Surtout éviter de créer de nouveaux mythes. On en a eu assez comme ça!

Remarque qu’on peut créer des mythes à partir de notre propre expérience, mais alors ce sont nos mythes à nous, nos symboles à nous. Ils deviennent la base de nos rituels à nous, les seuls qui aient du sens et qui nous connectent efficacement à ce à quoi on veut se connecter.

Alors j’attends tes remarques et commentaires. Merci d’avance pour toutes les femmes qui te liront et verront sans doute leur expérience personnelle validée.

Andrée

Blogue