Extraits du livre Le sang de la Lune

« Vous tenez entre vos mains une source d’éclairage unique sur les aspects physiologiques des menstruations. Ses chapitres révèlent la beauté d’un phénomène qui s’inscrit dans des cycles, qui se déroule selon un ensemble très ordonné et précis. Les connaissances éparses et déconnectées concernant ce qui se produit dans l’utérus s’intègrent les unes aux autres pour former une image intelligible et ô combien inspirante! Même l’accouchement et les menstruations sont réunis dans un même concept. »

« Nous sommes dans une caverne vivante dont les parois rose doré du début du cycle deviennent de plus en plus rougeâtres au fur à mesure que le cycle progresse, pour présenter une couleur carrément vermeille juste avant les règles. Au début de l’écoulement, il est étonnant de voir se détacher des plaques d’endomètre. Il est plus fascinant encore de voir, au cours des jours suivants, les parois se reconstituer et le cycle recommencer. »

« À y regarder de plus près, comme le microscope électronique nous permet de le faire, on se croirait en plongée de surface dans les mers tropicales : comme des colonies d’algues dans l’océan, une multitude de cils regroupés en peuplades se meuvent par vagues très fortes et rapides suivies de retours lents. Ces groupes de cils sont répartis comme des îlots sur une surface de cellules recouvertes de petites villosités. »

« Continuant notre avancée dans l’endomètre, nous nous rapprochons de sa surface, dans la partie fonctionnelle de l’endomètre. Maintenant, accrochez-vous bien : nous sommes au terrain d’amusement, car les artérioles dans lesquelles nous voyageons se déploient en spirales comme de folles serpentes heureuses d’apporter de la nourriture en ce lieu si vivant! »

« La jolie dentelle de vaisseaux sanguins et lymphatiques qui croissent dans l’utérus chaque mois n’a qu’une courte durée de vie, du moins tout le temps que dure la vie menstruelle. Elle rappelle les broderies et les dentelles que fabriquaient nos arrière-grands-mères et qui, très souvent, ne duraient que le temps d’une génération. Œuvres magnifiques mais éphémères, soumises à l’usure et aux taches puis vouées à la boîte à guenilles. »

« L’estradiol aime les foules : lorsque ces molécules se lient à leurs récepteurs spécifiques, elles font en sorte que de plus en plus de leurs propres récepteurs, de même que de ceux de la progestérone, soient générés. […] L’une des actions de cette hormone sur ses cellules cibles est de les faire se multiplier. Quant à la progestérone, elle n’aime pas la fête : ces molécules font en sorte qu’il y ait de moins en moins de récepteurs d’estradiol et de progestérone dans les cellules dont elles pénètrent le noyau. La progestérone fait donc cesser la multiplication de ses cellules cibles. »

« J’aime voir les cellules du stroma comme de petites révolutionnaires positives. Par leur différenciation, elles opèrent le clivage entre la partie qui doit vivre et celle qui doit mourir. »

« Ce qui surprend et peut émerveiller, c’est qu’avant même que l’écoulement ne soit terminé – environ 140 heures ou un peu plus de cinq jours après le début des règles –, la régénération de l’endomètre est complètement terminée, ne laissant, tel que déjà mentionné, aucune forme de cicatrice. »

« La thèse que je vous propose s’énonce comme suit : les crampes utérines sont un appel de l’utérus qui vise à attirer l’attention de la personne, de la femme, sur cette zone de son corps. La partie du corps qui comprend les organes sexuels et reproducteurs féminins est une zone occultée. Alors les filles n’ont pas la possibilité de l’intégrer à leur image corporelle globale lors du moment charnière que constituent les premières règles. Cette zone demeure une zone grise dans la représentation de soi. »

« Les ovaires sont l’horloge du cycle menstruel, ils en sont les gardiens et ils sont dotés d’un étonnant degré d’autonomie. Ils cordonnent les évènements du cycle et en marquent la cadence, principalement en sécrétant les deux hormones clés que sont l’estradiol et la progestérone. »

« Comment l’hypothalamus et l’hypophyse manifestent-ils leur accord à la poursuite du cycle normal? Il ne suffit pas, pour l’un, de sécréter sa gonadolibérine dans les vaisseaux portes, et pour l’autre de sécréter ses molécules destinées aux ovaires dans la circulation générale. Eh non! Ce petit complexe est hautement sophistiqué. Nous parlons ici de la traduction, en langage biochimique, d’informations qui concernent le corps, l’environnement et les émotions. Cela n’est pas banal! Si le message doit pouvoir refléter tant d’informations et de types d’informations différentes, avec les nuances nécessaires, le moyen de transmettre le message doit lui-même être assez sophistiqué, n’est-ce pas? »

« Un cycle menstruel normal ressemble à une belle pièce de musique bien orchestrée et jouée par des éléments hautement coordonnés entre eux. Les sécrétions pulsatoires comportent différents mouvements, plus rapides en certains moments, plus lents en d’autres. L’amplitude sécrétoire elle-même joue un rôle, tout comme dans une pièce où certaines parties sont jouées plus fort que d’autres. Cette musique a pour rôle de maintenir et de moduler les évènements du cycle. Si elle se tait ou est dérangée, si un musicien fait une fausse note, l’ensemble – le cycle – est altéré. »

« Vers le milieu du cycle, le follicule choisi émet son produit chéri, l’ovule, ce qui donne lieu à la grande célébration de mi-cycle qu’est l’ovulation. »

« Pourquoi une « vraie menstruation »? Peut-on avoir une fausse menstruation? Il semble que oui. »

« Connaissant les mécanismes de la vraie menstruation, il n’est plus possible de voir les règles comme un échec. On dit couramment que les menstruations représentent un échec, car la conception n’a pas eu lieu : l’ovule n’a pas été fertilisé, alors il y a menstruation. En réalité, la menstruation est une réussite. Si échec il y a, c’est celui de l’ovulation. La menstruation est autant une réussite qu’un accouchement peut l’être, car elle témoigne que le magnifique mécanisme qui a été mis en place au cours de l’évolution pour permettre de donner la vie à des êtres au cerveau développé est fonctionnel. »

« La cyclicité féminine semble également responsable de changements fascinants dans l’activité relative des deux hémisphères du cerveau. En effet, des tests mesurant la différence de perception par les organes des sens situés des côtés gauche et droit du corps en diverses phases du cycle menstruel ont mis en évidence une altération de l’activité relative des hémisphères du cerveau autour du début de l’écoulement. »

« La périodicité menstruelle influence tant le corps que la psyché, leur imprimant une pulsion particulière à chaque tour de cycle. Ainsi, il n’est pas exagéré de dire que les femmes vivent comme dans une spirale. »

« Certaines personnes semblent croire que la cyclicité physiologique des femmes est sans importance, surtout à notre époque où il est possible de supprimer le cycle ou de n’avoir des règles que deux fois par année en prenant des contraceptifs en continu. Je m’emploie à démontrer dans le reste du chapitre que cette croyance est dangereuse. »

« Les spécialistes de la gynécologie et de l’obstétrique s’occupent de traiter les troubles menstruels. Mais la profondeur de leur implication reste floue tant et aussi longtemps que la menstruation n’est pas suffisamment comprise pour qu’on puisse en donner une vraie définition et comprendre sa portée réelle. Le concept de vraie menstruation […] remplit ce besoin et permet de commencer à faire le ménage dans l’abondante littérature sur les troubles de la régularité menstruelle. À l’heure actuelle, cette littérature est un réel fouillis... et le terme n’est pas exagéré. »

« Il est tellement important, pour la santé reproductive et les efforts de contraception, de savoir si on a ou non une ovulation qu’il est utile de décrire la méthode de repérage qu’est l’observation de la glaire cervicale. Le terme cervical peut faire penser au cerveau, comme dans vertèbre cervicale. Mais cet adjectif vient de cervix, qui est le nom anglais pour désigner le col de l’utérus. »

« La recherche a permis d’identifier plusieurs facteurs d’altération de nature physique qui ont trait, notamment, au mode de vie, aux conditions de travail, aux conditions environnementales et à l’intensité de l’exercice physique, de même que divers facteurs psychologiques, dont les chocs émotionnels et les attitudes qui sous-tendent les troubles alimentaires. »

« La plupart des cas de dérangements de la cyclicité sont associés aux troubles du comportement alimentaire, notamment l’anorexie et la boulimie. Ces troubles se caractérisent pas la mésestime du corps. […] Je me suis aperçue au fil de mes recherches que d’autres manifestations de cette mésestime, par exemple un dédain des règles, peut avoir un effet aussi profond que l’anorexie ou la boulimie sur l’altération du cycle menstruel. J’aimerais vous raconter l’histoire de Siegrid... »

« Nous voyons que les troubles alimentaires occupent une place importante dans la problématique de l’irrégularité menstruelle. En réalité, ces troubles ne sont qu’une façon qu’utilisent les femmes pour manifester leur insatisfaction par rapport à leur corps, à son apparence, à ses dimensions, etc. et pour exprimer leur désaccord par rapport au fait qu’il menstrue et n’est pas pur. C’est aussi et surtout une façon de contrôler son poids. Une autre manière de contrôler son poids est l’exercice physique. Alors les femmes qui souhaitent maigrir utilisent cette méthode, parfois de façon excessive, voire compulsive. Il est sain d’avoir une certaine maîtrise des dimensions du corps. Mais quand la quête de contrôle émane d’une insatisfaction profonde et que la personne n’aime pas son corps, l’attitude adoptée peut causer des problèmes. »

« Je connais une femme qui, à un moment donné, est allée dans un centre de santé dont l’approche thérapeutique est l’alimentation vivante. Elle y a séjourné un mois… »

« Ironiquement, l’idéal de pureté féminine est de n’être pas une femme, de n’être pas menstruée. Les femmes idéalistes, perfectionnistes, qui souhaitent accéder à leur nature transcendante, cherchent le chemin qui les mènera à la pureté. Dans leur soif d’absolu, elles sont attirées par les comportements anorexiques. »

« On peut établir une correspondance entre ce continuum des troubles du comportement alimentaire et l’échelle des dérangements de la cyclicité menstruelle... »

« Pourquoi examiner les troubles alimentaires dans le présent ouvrage? Parce que les divers dérangements de la cyclicité menstruelle sont hautement prévalents dans tous les types et sous-types de troubles alimentaires. »

« Il existe dans la littérature scientifique sur la périodicité menstruelle une forme d’obsession concernant les dérangements du cycle chez les athlètes. On parle d’aménorrhée athlétique, comme si l’aménorrhée était liée au fait d’être engagée dans un sport ou de s’entraîner de façon intense. Cela crée une réelle confusion. »

« Le déficit énergétique, qui se conçoit comme la différence entre l’apport et la dépense d’énergie, est donc un facteur prédominant dans les dérangements de la cyclicité menstruelle, mais il n’agit que lorsque la personne ne mange pas assez ou s’entraîne trop physiquement. Il est risqué de jouer avec ce système, car plusieurs systèmes du corps peuvent en être affectés, dont la qualité des os. »

« On croit généralement que l’ostéoporose est quelque chose qui nous frappe quand on vieillit, sans qu’on y puisse grand-chose, mis à part la prise de vitamine D et de calcium et l’exercice physique régulier. Or, cette affection des os est quelque chose qui se prépare. Chez les femmes, la qualité de l’ossature est intimement liée à la régularité menstruelle. »

« Plusieurs métabolismes sont directement impliqués à la fois dans la cyclicité menstruelle et la santé des os. Comme s’il y avait une parenté entre elles. On pense en particulier aux métabolismes de l’œstrogène, des androgènes, de la mélatonine, des deux principales hormones thyroïdiennes, de l’hormone parathyroïdienne, de l’énergie et du stress. Les femmes qui souffrent de dérangements de la cyclicité ne peuvent atteindre leur plein potentiel de masse osseuse, surtout celles dont la ménarche est retardée au-delà de 17 ans. Les raisons en sont l’exercice excessif, les troubles du comportement alimentaires et les pensées négatives sur le corps. De très jeunes femmes peuvent même avoir une structure osseuse plus déficiente que celle de femmes âgées. »

« Nous voyons qu’il est préférable d’avoir des règles normales. Le cycle régulier avec ovulation est sans doute le meilleur indicateur de la santé des femmes, puisque le dérèglement de si nombreux systèmes peut l’affecter. Les femmes qui souhaitent faire cesser leurs règles parce que c’est à la mode dans leur milieu ou parce qu’elles ne veulent pas s’encombrer des produits d’absorption ne se rendent pas compte de la portée de la décision qu’elles prennent ou prendront. La suppression menstruelle donne l’impression d’avoir le choix et d’être en contrôle, mais elle est nuisible à la santé des os, comme le sont, tel que vu ci-dessus, les autres formes de contraception hormonale. »

« Les contraceptifs hormonaux sont probablement un prix trop cher à payer pour assurer le contrôle de la fertilité. Des méthodes qui aident à connaître le fonctionnement du cycle sont de plus grande utilité et ne comportent aucun risque négatif. »

« Une fois que l’ossature est fragilisée, il peut être trop tard, malgré que le corps possède une capacité phénoménale de se régénérer. On sait toutefois que les préparations hormonales que l’on propose aux femmes pour traiter l’ostéoporose ne sont pas efficaces. Elles sont même néfastes, allant jusqu’à affecter l’architecture des os. »

« Rendons-nous compte à quel point il est important d’aimer et d’honorer notre corps. La complexité des phénomènes qui régissent la périodicité menstruelle et qui même la dérangent nous rappelle la beauté, l’ordre et la précision qui habitent notre corps. Il nous revient de lire les messages qui nous sont communiqués et de les traiter comme des informations de haute importance. »

 

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