La fête

À la maison avec les enfants? As-tu une fille qui a beaucoup grandi et qui n’a pas encore eu ses premières règles? Voici une petite histoire à dessiner et à colorier. Amusez-vous bien!


Papillon riait
Ses ailes la portaient
Dans l’air réchauffé
Elle se dit que quelque chose avait changé
Elle aperçut Libellule
Ses ailes de tulle toutes déployées
Que m’arrive-t-il? lui demanda-t-elle
J’ai changé
Je suis portée
Par quelque chose de nouveau
Ce qui t’arrive est plus profond
Que tu ne le crois, dit Libellule
J’ai vu passer
À travers moi
Tes couleurs subtiles
Vois combien je brille
Et elles voltigèrent vers la roche de Lézard
Toutes vibrantes iridescentes
Lézard n’ouvrit qu’un œil
Laissant l’autre à rêver
Jolies amies jolies amies
Je vous ai vues en rêve
Toi Libellule tu t’amusais
À détourner l’attention
Je vous ai vues en rêve
Toi Papillon tes ailes s’ouvraient
Pour la première fois
C’est ça Lézard, tu as bien vu
Nous sommes venues
T’inviter c’est la fête
Le soleil est chaud
À l’ombre Papillon reste ici
À rêver pendant que moi
Je vais avertir les grand-mères
Des quatre directions
C’est ainsi que le festin s’organisa
Pendant que Papillon rêvait
Grand-mère Renard
Grand-mère Renard c’est arrivé
Papillon a changé
Apporte des voiles, des étoiles
Et du ruban
À la rivière sous le pin blanc
J’ai vu des grenats dans l’eau
On les prendra tantôt
Une tourbillonnette, une tourniquette
Et voilà Libellule au tournant du ruisseau
Toc toc toc
Grand-mère Tortue
Sors ta tête je suis venue
J’ai à te dire : Chrysalide s’est transformée
Ses couleurs sont apparues
La queue, les pattes, la tête
Lentement se sont montrées
Je prends mon baluchon et je vous rejoins
À la rivière sous le grand pin

© Andrée Hamelin

Sur la colère

N’aie pas peur du titre. Je vais t’emmener dans une forêt d’arbres noircis, fendus par la foudre, d’arbres rabougris, d’arbres crochus et d’arbres fantômes. Tout ça potentiellement en toi. Nous verrons ensuite des arbres magnifiques, majestueux, puissants. Suis-moi si tu le veux bien.

Dans ce billet, je vais te raconter une expérience que j’ai vécue pour t’amener à remettre en question certaines idées et émotions acquises par rapport à la colère.

La colère n’a pas à être destructrice. Au contraire, c’est une émotion comme une autre. L’exprimer sert à rétablir la connexion avec l’autre plutôt que de laisser détériorer notre relation. Quand une personne ne respecte pas nos limites, qu’elles soient physiques ou affectives, cela génère de la colère. Toute personne a droit au respect.

Le problème, c’est qu’on a appris à nier la colère. Elle n’a tellement pas sa place dans la définition de la féminité! L’idée est d’apprendre à s’en servir de façon saine et puissante plutôt que de la détourner. D’accord. Mais que signifie « détourner la colère ». En réalité, il existe plusieurs façons de détourner l’énergie de la colère, et je suis plutôt sûre que tu te reconnaîtras dans l’une d’elles. Quand je dis « détourner » je veux dire que l’on fuit la source de cette émotion. Car elle a des racines profondes, devenues inconscientes. Au point de devenir rage, i.e. sans motif conscient.

Je te mets au défi de trouver la façon que tu utilises le plus couramment pour détourner l’énergie de ta colère. Tu peux avoir tendance à (1) la diriger vers l’extérieur, ce qui s’appelle « externalisation » (2) la diriger vers l’intérieur, ou « internalisation » ; (3) la contenir, « contenance » ; ou (4) la nier carrément, ce qui crée une telle coupure à l’intérieur de soi qu’on peut appeler un tel détournement « segmentation ».

Mettons que tu attaques une personne lorsque tu es en colère contre elle. Tu lui rentres dedans, par des mots ou des gestes agressants. Tu peux simplement la haïr, ce qui joue à des niveaux plus ou moins subtils (vibrations, regards, etc.). Quand tu fais cela, tu externalises ta colère. C’est ta façon de la détourner. Bien sûr, c’est le moyen le plus direct de détruire les relations. Qui voudra s’exposer à nouveau à tes agressions?

Imagine maintenant qu’au contraire tu prends tout sur toi. Tu te dis que la frustration ou le conflit qui sont là sont de ta faute, endossant la responsabilité de ce qui est arrivé. Tu rediriges la colère vers toi-même — contre toi-même. C’est cela la colère introvertie. Elle a un effet est dévastateur sur toi, car tu attaques ainsi ton estime personnelle.

Mettons que lorsque tu es en colère, tu essaies de ne pas la montrer. Tu veux protéger l’autre personne parce que tu crains de la blesser ou tu as peur de ses réactions. Ce mouvement de contenance a sans doute donné lieu à l’expression se donner une contenance. On cache quelque chose.

Finalement, imagine que tu as pris l’habitude de te dire à toi-même ou aux autres : « Ah moi, je n’ai plus de colère. » « J’ai revisité ma colère et je m’en suis guérie. » Toutes tes mémoires de colère ont pris le chemin d’une congélation à long terme. En réalité, ce qui se passe, c’est que ton être est divisé en deux. La colère va se ranger dans un coin, dans ce qui est « pas correct » en toi, dans ce qui est nié. Cela s’appelle la segmentation. Cela cristallise encore plus la séparation correct/pas correct dans ton corps-pyché.

Tu peux utiliser plusieurs de ces façons de détourner ta colère, mais généralement il y en a une ou deux qui te sont habituelles, dépendant des contextes – amitiés, travail, famille, etc.

Je vais te raconter une anecdote pour illustrer à la fois une transgression de mes limites personnelles par une autre personne et mon mode de détournement, qui est la segmentation.

Il y a quelques mois, je suis allée rendre visite à un ami que je n’avais pas vu depuis 40 ans et avec qui j’avais eu une aventure à l’époque. Ma visite a duré trois jours et, pendant ces trois jours, il m’a donné cinq massages avec la technique qu’il avait apprise et approfondie, qui s’appelle la myothérapie. Il tenait à me faire connaître ces massages et, c’était prévu, il allait me donner cinq massages pour que je puisse en ressentir les bénéfices et en parler à d’autres.

Je tiens à préciser que, de tout le weekend, je ne lui ai donné aucun signe indiquant que je désirais être intime, sexuellement, avec lui. J’ai d’ailleurs dormi dans mon véhicule les deux nuits, justement pour éviter toute confusion à ce sujet.

Ses massages étaient profonds et je les ai acceptés l’un après l’autre, car ils me faisaient beaucoup de bien. La technique ressemble à la fasciathérapie. Lors du premier massage, quand il a passé ses mains sur mes seins, à un moment donné, il a serré un peu mes mamelons. Je suis alors sortie de mon état de réceptivité pour repousser sa main, l’empêcher de me toucher à cet endroit. Mon geste était clair : je ne désirais pas être excitée sexuellement.

C’est resté comme ça : nous n’en avons pas reparlé. Nous avons parlé d’un tas d’autres choses, le soir, au souper, les matins et les après-midis. Lors du deuxième, du troisième et du quatrième massages, il a fait exactement la même chose qu’au premier. Là encore, j’ai repoussé sa main. À chaque fois, c’est resté comme ça, en ce sens que nous n’en avons pas reparlé. Au cinquième massage, avant que je ne reparte vers chez moi, là ça a été le tour du clitoris. J’ai encore une fois aussitôt repoussé sa main, pour la même raison.

Au moment du départ, nous avons parlé d’autres choses, en bons amis. Pendant les quatre heures de mon retour à la maison, un fort malaise a graduellement monté en moi. Je ne pouvais rien relier de précis à ce malaise. J’avais un besoin urgent de me laver, ce que j’ai fait sitôt arrivée. Les jours suivants, je me suis sentie vraiment mal et j’ai commencé une période de plusieurs semaines de cet épouvantable malaise. Jusqu’à ce que je me rende compte que oui, j’étais en beau tabarnak! Je ne pouvais plus le nier.

Parcourant ma terre
J’ai découvert un puits
C’était un puits de colère
Je m’en nourris depuis.

Comment ai-je pu ignorer ma colère pendant ces deux ou trois jours? Pourquoi n’en ai-je pas parlé à cet homme la journée où c’est arrivé la première fois… ou la deuxième? C’est que le mode de détournement que j’ai développé dans ma vie était la segmentation. « Non je n’ai pas de colère, moi. Je l’ai déjà explorée, je n’en ai plus. J’ai tout nettoyé. » Or, elle était enfermée dans un coin de moi, à double… à triple tour.

Mon père était colérique, violent. Son mode de détournement à lui, c’était l’extroversion. J’ai l’impression qu’un jour, enfant, je me suis fâchée contre lui et qu’il m’a attrapée par la nuque pour me lancer quelque part, contre un mur ou sur un divan. Ce jour-là, j’ai probablement décidé que je n’avais pas de colère, qu’il était dangereux d’avoir de la colère. Ça a dû être la base de ma segmentation. Plus tard, à l’adolescence, il m’est arrivé à plusieurs reprises, par des petits événements avec d’autres personnes, dont ma mère, de confirmer qu’il n’est pas correct d’avoir de la colère.

Quoi d’autre que la transgression des limites personnelles peut nous mettre en colère?

Cela peut être une réalité sociale dans laquelle on se sent agressé.e ou nié.e. On peut lire une phrase sexiste dans un journal ou entendre un commentaire qui dévalorise le type de personne auquel on s’identifie, p. ex. à cause de notre orientation sexuelle, notre classe sociale ou notre poids. L’attaque est subtile, mais agressante. On a pris l’habitude de banaliser ces affronts, car ils sont nombreux, quasi constants. Reste qu’ils nous atteignent dans notre estime personnelle. Tout le monde a besoin de nourrir, de cultiver son estime personnelle. L’estime de soi est un facteur clé de la santé mentale. Tout le monde a droit à de la nourriture pour sa santé mentale.

Quoi d’autre peut nous mettre en colère?

Si, dans une relation proche, on exprime un besoin, et que cette personne n’en tient pas compte — elle fait comme si on ne lui en avait jamais parlé —, cela peut nous mettre en colère. La mère qui exprime à son ado qu’elle a besoin de son aide pour faire le ménage et qui voit que rien ne change, elle a évidemment des raisons d’éprouver de la colère.

Je veux revenir sur les limites personnelles. Les femmes, nous nous sommes souvent fait nier nos limites, car les hommes ont grandi dans une culture qui leur a fait croire qu’ils ont tous les droits sur le corps des femmes. Les regards et touchers non bienvenus et, plus grave encore, les assauts tels que les viols, sont une négation de nos limites personnelles.

Quand mon père n’allait pas, il s’en prenait aux enfants, il les battait. Comme lui-même s’était fait battre, enfant. Ainsi, très tôt, tout comme mes sœurs et frères, j’ai perdu mes limites corporelles. En réalité, je me les suis fait défoncer.

Plus tard dans la vie, comment les retrouver, ces limites personnelles? Il faut d’abord reconnaître qu’on en a, puis les définir au fur et à mesure des événements qui nous fâchent et ensuite les faire respecter. Cela fait partie d’une saine identité. J’essaie d’imaginer ce que ça peut être pour une femme qui a connu l’inceste en bas âge ou qui a été violée, surtout à répétition. Sa colère ne s’est pas évaporée comme ça. Elle est allée se loger quelque part dans son corps-psyché et a pu envahir des portions importantes de son être.

Quand on sait que la phase prémenstruelle met en lumière nos émotions inconscientes, on ne doit pas s’étonner d’éprouver à ce moment-là de l’hostilité, de l’agressivité ou de la déprime. La colère détournée, sous n’importe lequel de ses modes, mène à la dépression ou à l’isolement de la personne. Alors ne venez pas me parler de trouble dysphorique prémenstruel (TDPM), terme chéri de la psychiatrie depuis que le mythe du SPM a été déboulonné.

Bien sûr, dans certains cas, il faut retenir momentanément sa colère, par exemple, pour ne pas perdre son emploi. La solution consiste à se donner un recul, à prendre le temps d’aller au fond de soi et à ventiler si nécessaire. Pour éviter de bitcher, on prend soin de bien choisir la personne avec qui on ventile notre colère. Puis on parle avec la personne qui nous a offensée. On le fait avec l’intention de garder le lien avec l’autre et on écoute réellement ce qu’elle ou il a à dire. En réalité, cela n’est pas donné. C’est tout un apprentissage.

La colère est bénéfique : elle sert à sauvegarder nos relations, à garder les gens qu’on aime proches de soi. Elle nous aide aussi et surtout à atteindre nos objectifs. On se tient debout et on arrive à dire les choses. On devient un arbre magnifique.

Pour en arriver là, on doit aller à la source de la colère, de la rage. Ça demande un voyage à l’intérieur de soi. Justement, juste avant les règles, c’est un bon moment pour ça. Parce qu’on est portée, par notre état physiologique, neurologique (hormones, neurotransmetteurs, etc.) à entrer en contact avec notre rage. Je suis certaine que tu as déjà éprouvé ça, la rage prémenstruelle. Un jour, elle devient fureur, superbe fureur prémenstruelle.

Je ne peux terminer ce billet sans mentionner l’ouvrage qui m’a le plus aidée à reconnaître le pouvoir et les avantages de la colère : The Anger Advantage, du trio D. L Cox, K. H. Bruckner et S. D. Stabb. Je te le recommande chaudement.

C’est un long billet. J’espère qu’il t’a aidée.

Andrée
© 2020

La merde sur les règles

Le concept de SPM a dénaturé, dans notre esprit, ce qu’est en réalité notre expérience menstruelle. Il a falsifié notre interprétation, notre perception des changements que nous vivons et, en faisant cela, il nous a empêchées d’en observer les aspects positifs.

La meilleure voie pour arriver à comprendre comment une idée ou une perception évolue est de la situer dans son contexte. Contexte politique, contexte économique, contexte culturel ou idéologique. À partir de là, tout coule de source. En voyant clairement les intérêts des gens qui écrivent et diffusent les idées, on peut prendre du recul, on peut se faire une idée soi-même, dégagée des mythes de notre époque.

Dans ce billet, je vais te montrer comment sont nées les idées médicales sur les règles, qui ont plus tard mené au concept de SPM.

Je t’emmène aux États-Unis de la deuxième moitié du 19e siècle. L’industrialisation bat son plein. Beaucoup de familles abandonnent la ferme pour aller s’installer en ville. Les gens délaissent les petites entreprises familiales – où femmes, hommes et enfants travaillent ensemble –, et ils adoptent un mode de vie où le père va travailler à l’extérieur. La femme à la maison devient plus que jamais un incontournable, un must. Parce que papa revient à la maison fatigué après sa journée de travail à l’usine, au bureau ou sur la route, le repas doit être prêt, ses vêtements, lavés, ses enfants, bien soignés, etc. Donc, très important – voire vital pour le système – de rentrer bien comme il faut dans la tête des gens que le rôle des femmes est un rôle domestique.
Aquarelle - Femme 19e siècle
Josée Charbonneau, jcharbonneau76@hotmail.com

Imagine maintenant que tu es l’épouse d’un homme qui a réussi à se tailler une bonne place dans la société. Il est bien vu dans cet univers bourgeois d’avoir des servant.e.s. Alors tu en as. Une ou deux. Une nounou avec ça.

Tu as peut-être une certaine culture, tu aimes peut-être lire, jouer du piano ou un autre instrument, etc. Mais tu ne peux pas faire d’études supérieures parce que les collèges et universités sont exclusivement réservés aux hommes.

Il y a là, dehors, des mouvements qui prônent la tempérance, car les abus d’alcool font des ravages. Il y a aussi tout un mouvement qui lutte pour les droits des enfants, car nombreux sont les jeunes qui sont exploités dans les usines. Si tu as le goût d’avoir une vie sociale, autre que celle qui tourne autour de ton mari et sa carrière à lui, tu vas probablement t’engager dans un de ces deux mouvements humanitaires.

En rencontrant les autres femmes investies dans ces mouvements, tu vas y prendre goût, tu vas vouloir avec elles influencer les décisions qui se prennent au niveau politique en vue d’un mieux-être collectif. C’est ainsi que tu vas appuyer, nourrir de ta contribution le mouvement des suffragettes.

Si tu es curieuse, voire passionnée par un sujet ou une discipline, tu vas vouloir faire des études, avoir accès à l’éducation supérieure. Tu vas vouloir te joindre, de près ou de loin, au mouvement des femmes qui revendiquent plus d’autonomie intellectuelle et économique, un mouvement sans nom, car occulté. On l’appellera plus tard « première vague féministe ». On sait qu’il existe des méthodes de contraceptives et que l’avortement peut être une pratique sécuritaire. Mais celles qui osent diffuser de l’Information sur ces sujets sont menacées et on leur interdit toute propagande sur ces sujets.

Pourquoi t’ai-je demandé de t’imaginer dans la situation d’une femme mariée à un bourgeois? Parce que ce sont surtout ces femmes qui ont poussé la machine à briser le sentiment d’impuissance qu’elles ressentaient. Les épouses bourgeoises s’ennuyaient à la maison. Elles avaient des servantes, donc passablement de temps libre, et elles voulaient utiliser leurs talents et satisfaire leur soif de connaître. Elles voulaient s’épanouir, quoi! De plus, n’oublie pas que, à part le travail ménager et les professions d’infirmière et d’institutrice, très exigeantes et contraignantes, il n’y avait que la porte du couvent qui était ouverte à celles qui ne voulaient pas se marier.

Comment penses-tu que le clergé et les personnes-moteurs de l’industrialisation ont réagi face à ce mouvement des femmes qui menaçait de faire s’écrouler leur édifice économique, politique et même religieux? Tout d’abord, il fallait convaincre les patrons, les directeurs de collège et les hommes politiques de verrouiller la porte de leurs institutions aux femmes. Il fallait surtout convaincre les maris et les épouses que la place des femmes n’était nulle part ailleurs que dans le confort du foyer.

Alors toi, avec tes besoins et selon ta conscience et ton tempérament, tu t’es placée quelque part sur ce chaud échiquier : soit avec les militantes averties dans un mouvement de pression hyperstimulant; soit avec tes amies de la paroisse, douce comme un agneau; soit à la maison, point, entourée de marmots et de servantes.

En tout cas, tu as certainement lu des articles dans les journaux ou entendu à la maison ou dans des rencontres mondaines des débats où on développait les idées suivantes : l’activité intellectuelle est néfaste pour la santé reproductive des femmes (principe de la conservation de l’énergie, nouvellement découvert à l’époque); la natalité blanche est trop faible – beaucoup trop d’immigrants; le centre des femmes est leur utérus; les menstruations régulières sont nécessaires à la santé.

Le débat sur la place des femmes est vraiment hot dans les journaux en cette deuxième partie du 19e siècle et ça se parle partout.

Les défenseurs du système ont commencé à dire qu’il était nuisible pour la santé reproductive des femmes qu’elles transportent des gros livres, comme dans les déplacements au collège et à l’université. C’est vrai qu’il y avait beaucoup de femmes malades dans les familles bourgeoises. Pas étonnant : la mode était aux corsets qui entravaient la circulation et empêchaient les femmes de bien respirer. Les talons hauts et les lourdes jupes mettaient une pression supplémentaire sur les travers d’une mauvaise posture. De plus, il était de bon ton dans cette société nantie de servir des pains et pâtisseries faites de farine blanche, plus légers, plus raffinés. Beaucoup de femmes bourgeoises devenaient malades physiquement ou mentalement. Beaucoup aussi tombaient en dépression, dévalorisées par leur situation de simple objet décoratif visant à promouvoir la carrière du mari.

Les femmes de la classe ouvrière, qui ne portaient pas d’artifices vestimentaires nuisibles à la santé et qui mangeaient du pain entier, ne souffraient pas autant de ces maladies. Tout cela, les femmes qui s’engageaient dans les débats l’ont bien fait valoir.

Sous la pression du clergé, les médecins réguliers, une profession relativement nouvelle et qui se faisait bien payer – après avoir réussi à rendre la pratique de sage-femme illégale et condamnable – ont été très influents dans ce débat. Ils ont beaucoup mis l’accent sur la mauvaise santé des femmes. Toi, petite bourgeoise, si tu suivais le courant de la bonne société, tu rencontrais tes amies pour le thé, petit doigt au-dessus de la tasse, tu te plaignais de toutes tes maladies et te vantais de recevoir les soins de tel ou tel médecin de renom.

Pendant ce temps, plusieurs de ces médecins laissaient errer leurs mains sous les jupes, au grand plaisir inavoué de ces dames. Plusieurs aussi exerçaient leur cruauté. Aux femmes désobéissantes – dont celles qui voulaient fuir l’emprise conjugale ou familiale – on prescrivait des séjours dans des asiles. Pendant une période, on a même prescrit et administré des ovariectomies et des clitoridectomies aux femmes récalcitrantes.

Mais toujours des femmes ont résisté. La lutte s’est poursuivie.

Il y a eu les deux guerres mondiales. Dans les deux cas, les femmes ont œuvré dans les usines pour ravitailler en armes et autres produits les troupes au combat. Sitôt la paix rétablie, on a fait pression sur elles pour qu’elles retournent à la maison.

C’est dans ce contexte qu’est née l’idée d’un syndrome prémenstruel (SPM). On a parlé de ménotoxine, une substance toxique dans le sang menstruel, ce qui a été réfuté. On a popularisé l’idée que les femmes étaient moins compétentes ou performantes au travail et dans les sports lorsque menstruées. Cette idée est encore bien implantée dans l’esprit populaire, malgré le fait qu’elle n’ait jamais été démontrée et qu’elle ait été invalidée maintes et maintes fois en recherche. Je suis certaine qu’elle justifie encore, en sourdine, que les femmes soient moins bien payées que les hommes.

Pour la suite de la petite histoire du SPM, je t’invite à lire l’article « Les menstruations : une occasion spirituelle », publié dans la revue Vitalité Québec de septembre 2014 et reproduit dans la section Articles de mon site web.

SVP fais-nous part, aux autres personnes qui lisent ce blogue et à moi-même, de tes réactions et commentaires.

Andrée
© 2019

Au-dessus de l’oiseau tonnerre

Un jour, j’ai vécu une situation qui m’en a dit long sur les attentes des gens par rapport au secret qui doit entourer les menstruations.

J’étais chez moi, mais c’était un logement semi-privé semi-public, en ce sens que le propriétaire de la boutique située au rez-de-chaussée venait de temps en temps au logement (à l’étage), pour se reposer ou prendre un repas, et amenait parfois un ami. Sa résidence principale était à la campagne. Il louait aussi une chambre à une autre personne que moi. Le logement était plutôt luxueux avec puits de lumière, pyramide sur le toit, dojo, sauna, etc. Je l’aimais à cause de l’abondance de lumière et parce qu’il était situé dans un quartier de Montréal très intéressant à l’époque.

Voici mon anecdote. Un jour, environ une heure après avoir fini de me laver dans le grand bain sous le puits de lumière, le propriétaire et l’un de ses amis se sont approchés de moi avec une attitude plutôt singulière. Je n’avais jamais ressenti chez des gens un tel mélange de curiosité, d’attitude offensive et de crainte. Un peu comme chez un enfant qui vient d’apercevoir une mouffette. Le propriétaire m’a signalé que j’avais laissé des choses dans le bain. Je suis allée voir. Effectivement, j’avais négligé de laver mon bain; je n’y étais pas retournée après m’être séchée. Il y avait dans le fond du bain non seulement un peu de sang menstruel séché – j’étais menstruée ce jour-là –, mais aussi des morceaux d’endomètre.

On se méprend généralement sur la nature de ces petits morceaux d’endomètre qui sont évacués en même temps que le sang menstruel. On croit que ce sont des caillots. Or, le sang menstruel ne coagule pas parce qu’il contient une substance sécrétée par les vaisseaux sanguins de l’endomètre qui l’en empêche. On voit parfois avec le sang des morceaux du tissu qui s’est disloqué pendant les règles et qui ressemble à du foie. Dans l’utérus, le tissu endométrique de surface est tellement gorgé de sang et de petits vaisseaux en forme de lagunes pleines de sang qu’il a l’apparence et la texture du foie. Voilà.

Le visage que le proprio et son ami m’ont fait quand je leur ai expliqué que j’avais simplement oublié de laver mon bain était… Wow! j’étais réellement mise en accusation, comme à un procès. Quelle audace j’avais eue! Et surtout que je ne me fondais pas en excuses! Il aurait fallu que d’embarras, de honte, je disparaisse sous terre. C’est à ça qu’ils s’attendaient.

Je te raconte cette anecdote pour faire ressortir certains aspects politiques du tabou menstruel tel que nous le vivons dans notre société. L’attitude de ces deux gars était d’essayer me mettre en situation défavorisée. Ils s’attendaient à ce que je sois embarrassée, gênée. Ils pensaient gagner ainsi du pouvoir sur moi. Ça aurait fonctionné si j’avais eu l’attitude qu’ils escomptaient.

Tu sais, à l’origine, le tabou menstruel était très différent de ce qu’il est aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales. Chez les peuples qui vivaient de cueillette, de pêche et de chasse, le tabou était le moyen par excellence d’amener les gens à se comporter d’une façon qui ne dérange pas l’ordre établi. Il était basé sur la peur. Peur des catastrophes, des accidents, des pertes, etc. On disait, par exemple, que si une femme touchait aux objets rituels des hommes ou à leurs flèches, tel ou tel malheur allait arriver dans la communauté. Et quand un malheur arrivait, on soupçonnait les femmes qui ne se conformaient pas tout à fait aux restrictions imposées par le tabou menstruel. On les accusait, si possible on les punissait. Il n’y avait pas tellement d’autres moyens de les faire rentrer dans les rangs, puisque c’étaient des sociétés sans police, sans armée, sans outils de conditionnement comme nous en avons dans nos sociétés – je pense à l’école, à la religion, aux médias.

Au fur et à mesure que les civilisations se sont développées et ont déployé des moyens – dont des codes de lois religieux, des lois civiles et diverses institutions – visant à garder les femmes dans les rôles qui leur étaient prescrits, le tabou a pris une autre forme, celle de superstitions. Par exemple, en Europe des derniers siècles, on disait que si une femme menstruée allait dans une vinerie, le vin tournerait au vinaigre, que si elle allait à une salaison, la viande pourrirait. Si elle pétrissait le pain, il resterait à plat. Si elle essayait de faire une mayonnaise, elle ne lèverait pas. Toutes des superstitions, vestiges du tabou, qui visaient à limiter les femmes dans leurs activités économiques.

À notre époque, les superstitions ont pratiquement disparu. Le tabou menstruel a pris la forme de règles de secret et d’évitement. On doit éviter d’en parler ou de laisser voir le sang qui coule de la vulve. L’aspect politique du tabou contemporain, c’est l’embarras. Quand on fait voir par mégarde un tampon – qu’il soit souillé ou neuf, même encore dans son emballage – on doit se sentir embarrassée… en tout cas on doit se montrer embarrassé.e. Quand des gens parlent des règles, de la même façon, on doit montrer notre embarras et s’arranger pour changer de sujet. Surtout s’il y a des hommes. Or, quand on est embarrassée, on perd son pouvoir. C’est ça l’idée clé.

À part dans l’intimité, les seules occasions où il est acceptable de parler de ce sujet, c’est dans le contexte clinique : avec le médecin ou l’infirmière. Les annonces publicitaires aussi ont le droit d’en parler… mais toujours pas de montrer. Heureusement, les choses sont en train de changer et on peut parler des règles dans des cours d’éducation à la sexualité. Même dans ce cas, le discours est stérile, aseptisé; on prend un langage pas trop évocateur, on se limite à la biologie et aux termes de la science.

Le sang menstruel est censé être impur. Ça c’est une autre histoire. Il faudrait un autre billet pour que je puisse t’en parler, car alors là on explorerait les racines de la peur. C’est quelque chose d’universel qui concerne les hommes et leur peur de l’inconnu, du non-rationnel, du spirituel vécu par les femmes à cause de leur biologie même.

Le sujet est passionnant, car on y rencontre la ou le chamane, le prêtre, le medecine man, l’ascète, le roi, le clown sacré, pour ne citer que ces personnages qui ont incarné le pouvoir des menstruations. On y rencontre aussi toutes sortes de personnages mythiques, dont le fripon ou joueur de tours, le grand Serpent, le Dragon, l’Oiseau Tonnerre, etc. D’ailleurs, j’ai bien hâte de t’en parler.

Andrée
© 2019

À chaque mois

À chaque mois, tu vois du rouge dans tes bobettes. Des générations avant toi ont vu du rouge comme ça chaque mois. C’est ça être femme. Ce n’est pas être douce, gentille, accueillante, etc., non c’est pas ça qui caractérise une femme, un homme peut tout aussi bien avoir ces qualités. Ëtre une femme, c’est d’avoir un cycle à peu près aussi long que la lunaison et d’avoir la possibilité de mettre au monde un enfant.

En réalité, être femme, c’est vivre comme dans une spirale. Tu serais étonnée de voir tout ce qui varie en toi en accord avec ton cycle menstruel. Je prendrais absolument n’importe quel métabolisme ou n’importe quel système de ton corps – respiratoire, digestif, nerveux, éliminatoire, name it – et je pourrais te montrer qu’il change selon les phases de ton cycle. D’ailleurs je l’ai fait dans un chapitre de mon livre Le sang de la Lune.

C’est parce qu’il y a une danse dans ton corps. Cette danse crée la spirale dont je viens de te parler, la spirale dans laquelle tu vis.

Cette danse est créée par deux sortes de danseuses : des Mlle E2 et des Mme P4. Drôles de noms, je te l’accorde. La plupart de ces danseuses viennent au monde dans tes ovaires, mais tu serais surprise, elles voyagent beaucoup, partout. En réalité, elles voyagent dans absolument tout ton corps, même dans ton cerveau. Il y a cette danse même dans ton cerveau.

Mlle E2, c’est Estradiolle. C’est une estrogène, une molécule relativement petite et pas compliquée. Dans ton cours de chimie, si tu demandes à ton.ta prof la formule de E2, il ou elle te dira que c’est C18H24O2Cool non? L’autre, Mme P4, c’est Progestérone. C21H30O2.

Vu de ce point de vue, elles se ressemblent vraiment beaucoup, mais si tu savais ce qu’elles laissent sur leur passage! wow! les Estradiolle et les Progestérone créent des mouvements puissants, mais dans certains cas, complètement opposés. Je t’en donnerai des exemples tantôt.

Elles sont très puissantes. Pourquoi je dis ça? C’est parce qu’à cause de leur petite taille, elles peuvent passer à travers la membrane du noyau des cellules, et là, elles peuvent modifier complètement le comportement de la cellule. Parce que dans le noyau des cellules, on est vraiment dans la salle de contrôle. Bien sûr, ça prend des réceptrices d’estradiolles sur la membrane nucléaire pour leur ouvrir le passage dans le noyau. Mais, quand même, c’est pas n’importe qui qui peut entrer dans le noyau; il faut pas être trop grosse. Les progestérones, elles aussi ont leurs réceptrices sur la membrane du noyau qui leur ouvre le passage, les réceptrices de progestérones.

Je vais te donner un exemple de leur action dans les cellules de ton endomètre. Je ne sais pas si tu le sais, mais l’endomètre, c’est l’intérieur de l’utérus. Endo, ça veut dire dedans, et mètre, ça signifie mesure. Bizarre, non? Faut pas te surprendre : ce qui tourne autour de l’utérus, comme les menstruations, ça a de tout temps permis de mesurer le temps, comme les lunes – pleine lune, nouvelle lune, etc. C’est aussi pour ça qu’on appelle les menstruations « les règles ». Parce que les lunaisons ont toujours permis de mesurer le temps, en tout cas assez longtemps pour que les mots restent. Au début, et pendant très longtemps, les calendriers étaient des calendriers lunaires, tu sais ça?

Donc, dans ton endomètre, dans la partie intérieure de ton utérus, quand les estradiolles arrivent, elles entrent dans les noyaux et là elles font se multiplier les cellules. C’est ça leur action. Ça donne quoi? Ça amène une prolifération de cellules. La couche de l’endomètre concernée, celle qui contient des réceptrices d’estradiolles, et bien! elle double de volume, elle triple, elle quadruple, de volume… et même beaucoup plus. Je te dirais pas à quel point elle épaissit! Et là c’est fou, ça se peut pas. Si ça n’arrêtait pas, ça ferait comme un cancer, ça ferait une bosse qui grossirait démesurément. D’autant plus que les estradiolles profitent de leur position dans la salle des contrôles (dans les noyaux) et elles s’arrangent pour qu’il y ait de plus en plus de réceptrices d’estradiolles disponibles. C’est le party là-dedans… et les parents sont partis, on en profite. Hi hi hi!

Mais, à un moment donné, les progestérones se pointent. Qu’est-ce qu’elles font les progestérones? Elles font le contraire. Le party arrête! Tu vas voir. Quand les progestérones arrivent, elles aussi entrent dans les noyaux des cellules au moyen de leurs réceptrices spécifiques. Une fois là, elles font en sorte qu’il y ait de moins en moins de réceptrices d’estradiolle. Ce qui fait que les estradiolles ne sont plus admises dans la salle de contrôle. Alors la prolifération des cellules cesse, et tu peux t’en douter, l’endomètre cesse de s’épaissir. Même qu’il s’effondre passablement.

C’est comme si les parents arrivaient pendant le party! Ouste la gang! Dehors.

De plus, peu à peu, les progestérones font diminuer le nombre de leurs propres réceptrices, si bien qu’à la fin, elles-mêmes n’ont plus de pouvoir d’action sur les cellules. Éventuellement, le nombre d’estradiolles et de progestérones chute, et là l’endomètre se disloque. Ça donne une menstruation.

C’est ça la danse dont je te parlais. En tout cas c’est un exemple…

À quoi te fait penser cette danse? Parce que là je ne t’ai parlé que de l’action dans l’endomètre. Ces molécules (E2 et P4) ont d’autres effets ailleurs dans le corps. C’est le cas, même dans le cerveau comme je te le disais tout à l’heure. C’est probablement ça qui fait qu’on peut vivre différents états d’âme selon qu’on est au début, au milieu ou à la fin du cycle menstruel. C’est comme si on te disait qu’à la pleine lune, tu as tendance à te comporter de telle et telle façon, au premier quartier – lune décroissante −, de telle autre façon, à la nouvelle lune encore d’une autre façon, et au dernier quartier encore d’une autre façon. C’est pas des farces. Tu peux même observer ça si tu te donnes la peine de noter tes états d’âme, tes émotions, tes comportements, etc. sur un calendrier ou dans ton agenda. Il y a des femmes qui écrivent et donnent des ateliers sur ce sujet fascinant et qui peuvent te guider dans tes observations. C’est bon de les écouter, car alors on se sent faire partie d’un grand cercle de femmes.

Si on regarde les effets des Mlle E2 et des Mme P4 dans l’endomètre, on se rend compte que les premières créent une expansion et que les deuxièmes ont un effet de diminution ou de contraction. Si tu connais l’astrologie, tu peux penser à Jupiter et à Saturne. Il se peut que dans la phase où tu t’approches de l’ovulation et où tu ovules, tu te sentes en expansion, justement. Tu as le goût de sortir, de voir du monde, tu es extravertie. Et que dans la phase qui suit, où Mme P4 prédomine, tu te sentes plus introvertie, que tu aies plus besoin d’avoir des moments seule.

Bon, je t’ai dit « Quand les estradiolles arrivent… » et « Quand les progestérones arrivent… », mais qu’est-ce qui fait qu’elles arrivent, disons dans l’endomètre? C’est qu’elles sont transportées dans le sang, et on sait que le sang va un peu partout. Même dans les écrans de télévision. Non, farce à part, ces molécules sont fabriquées dans des glandes et relâchées dans le sang et c’est pour ça qu’on les appelle des hormones. Une hormone qui n’est pas relâchée dans la circulation sanguine n’est tout simplement pas une hormone. Faut l’appeler autrement, sinon ça mélange les autres.

Une hormone peut venir d’assez loin, elle peut venir d’une glande située assez loin dans le corps. Elle joue ainsi un rôle de messagère entre différents organes, glandes, tissus, etc.

J’espère que j’ai réussi à te faire aimer Estradiolle et Progestérone. J’espère aussi que mon exemple de l’endomètre a réussi à te montrer que ces deux molécules peuvent à elles seules créer des mouvements complémentaires qui font qu’on peut vivre « comme dans une spirale ».

Andrée
© 2019

As-tu des crampes?

C’est dommage ces douleurs au ventre. Si tu savais comme je te comprends! Moi aussi j’en avais. Je sais qu’il y a pire, que certaines femmes souffraient plus que moi, mais ça n’enlève rien : la douleur est là quand elle est là.

Je vais t’expliquer ce qui se passe dans ton utérus quand tu as des crampes menstruelles. Ça t’aidera à comprendre, et peut-être à aller voir dans ta forte intérieure (féminin de « for intérieur », jeu de mots que j’aime bien) ce qui peut être relié à ça.

Les crampes, elles viennent de contractions de ton muscle utérin. L’utérus, de la dimension et un peu de la même forme que ton poing fermé, est un muscle muni, en son centre, d’une cavité tapissée d’une muqueuse importante pour la reproduction qui s’appelle l’endomètre. Dans le muscle, entre les fibres musculaires et dans le même sens qu’elles, s’allongent des vaisseaux sanguins – artères et veines. Ces artères éventuellement changent de direction (un ±90°) et se dirigent vers le centre de l’utérus pour rejoindre l’endomètre où elles se ramifient abondamment.

Le problème avec les crampes utérines, c’est que les contractions du muscle sont trop rapprochées les unes des autres et que, de toute façon, le muscle ne se détend pas assez entre les contractions. Le muscle ne parvient pas à se relaxer assez longtemps ou suffisamment pour permettre au sang de bien circuler dans l’endomètre. Les vaisseaux sont étranglés. Alors, ce qui se passe, c’est que les fibres nerveuses qui se trouvent dans l’endomètre perçoivent le manque d’oxygène – normalement transporté par le sang −, ce qui se traduit par de la douleur. On a cette cascade : absence de relaxation entre les contractions > étranglement des vaisseaux sanguins par les fibres musculaires > manque d’oxygène dans l’endomètre > perception de la douleur.

Des auteur.e.s qui ont écrit sur ce phénomène comparent les contractions de l’utérus à un orage dans cet organe. L’image est bonne, car il est vraiment question de décharges électriques; ce sont des décharges électriques qui font se contracter les fibres musculaires. Pendant les épisodes douloureux, alors que les contractions musculaires sont irrégulières et que des fibres demeurent tendues, les niveaux de voltage sont élevés, comparables et même parfois plus élevés que lors d’un accouchement douloureux. De plus, il y a le caractère désordonné, non synchronisé des contractions des fibres musculaires. On parle de dysrythmie contractile du muscle utérin.

Ces fortes décharges électriques − ou nerveuses – sont des impulsions venant de l’encéphale, de ce qu’on appelle communément et à tort le cerveau. (Le cerveau est seulement une partie de l’encéphale, soit sa partie supérieure, ou néocortex. Le mot anglais brain se traduit en français par « encéphale ».) Le problème des crampes menstruelles est donc de source neurologique.

Il y a autre chose qui a le pouvoir de réduire la circulation sanguine dans l’endomètre et qui ne concerne pas le muscle utérin. Ce sont les mini, minimuscles qui se trouvent dans les parois des vaisseaux sanguins. En effet, ces parois sont munies de fines fibres musculaires qui font se resserrer – ou au contraire se dilater – les vaisseaux sanguins.

La médecine insiste beaucoup sur l’action de molécules appelées « prostaglandines », des acides gras qui agissent sur les fines fibres musculaires contenues dans les parois des vaisseaux sanguins. Le nom prostaglandines vient de « prostate », du fait qu’on a identifié ces molécules pour la première fois dans le liquide séminal des hommes. Les prostaglandines sont fabriquées un peu partout dans ton corps, elles agissent localement et se dégradent rapidement.

Les prostaglandines se classent dans plusieurs catégories selon leur structure moléculaire. Certaines ont pour effet, entre autres, de faire se contracter les fibres musculaires, certaines autres, de les faire se relaxer. Ces molécules se ressemblent, et ce sont des enzymes qui les font se transformer les unes en les autres. Une classe, les PG (prostaglandines 2-alpha) est particulièrement agressive pour faire se contracter les fibres musculaires (tant des vaisseaux sanguins que du muscle utérin). L’industrie pharmaceutique a mis au point des substances qui inhibent la production de l’ensemble des PG, les relaxantes comme les freakantes.

Maintenant, quand vous lisez des articles sur les crampes menstruelles dans des magazines ou des pages web, on vous parle des anti-inflammatoires, qui sont efficaces dans 70 % des cas pour le soulagement des crampes menstruelles. Attention, car cela – l’usage de ce nom, « anti-inflammatoires » – donne l’impression que les menstruations sont un processus inflammatoire. Il n’en est rien. Il faut faire attention avec cela. Ces idées nous portent à associer les règles avec d’autres idées comme la toxicité, l’impureté, la maladie, etc. déjà associées aux règles. Ces idées sont néfastes, dangereuses pour la santé psychologique, car elles minent notre estime du corps, déjà bien malmenée. Elles donnent l’impression que l’utérus est en proie à quelque chose comme l’inflammation, oh horreur!

L’hypercontractilité et les spasmes du muscle utérin dont je t’ai parlé tantôt sont des phénomènes mécaniques et électriques qui ont été identifiés au début des années 1930 comme étant la cause des crampes menstruelles. Or, dans les années 1950, quand on a découvert une plus grande quantité de PG dans le sang menstruel de femmes qui souffraient de crampes menstruelles que dans celui de femmes qui n’en souffraient pas, on s’est mis à focaliser sur les PG et on ne parlait plus que de cela dans les articles scientifiques sur le sujet. On a cessé de parler de l’orage dans l’utérus et de l’origine neurologique du problème, et on a mis la faute sur les prostaglandines. Pourquoi? Parce que l’industrie pharmaceutique et la médecine avaient désormais quelque chose à proposer à toutes les femmes qui souffraient de crampes.

Si on fait le calcul, depuis environ 90 ans, on connaît la cause des crampes menstruelles, mais on l’a occultée depuis 70 ans pour des raisons d’intérêt corporatif, financier… en tout cas pas pour l’intérêt des femmes. Et pas non plus pour aller à la source, ce qui aurait sans doute généré des remises en question comme celle que je fais dans la suite de ce billet.

Il faut savoir que les connaissances – dans quelque domaine que ce soit − sont diffusées ou, au contraire occultées, selon les intérêts des personnes et des corporations qui contrôlent les médias et la recherche. Cela se fait via l’octroi de subventions et de diverses formes de récompenses. Les congrès scientifiques, entre autres, sont commandités par ces corporations, dont les compagnies pharmaceutiques sont parmi les plus puissants acteurs.

Il ne faut donc pas s’étonner que l’accent soit mis sur les PG plutôt que sur l’orage utérin dans les articles que l’on peut lire.

Voulant creuser plus loin, je me suis mise à avancer sur une autre piste. Celle d’une explication psychologique. Puis je suis allée encore plus loin, débouchant sur une piste psychosociale ou culturelle. Ainsi, au fil de mes recherches et réflexions, j’ai vu apparaître des explications qui remettent en cause des idées et des émotions que l’on a intégrées à cause de certaines influences culturelles très présentes dans notre société. Tout ça m’a menée à émettre une thèse que j’ai défendue dans mon livre Le sang de la Lune. La thèse explique que les crampes menstruelles sont en réalité « un appel de l’utérus ». En fait, le mot appel n’est plus assez fort pour moi. Je dirais maintenant que les crampes utérines sont un cri de l’utérus.

Suis-moi s’il te plaît. Je vais te ramener dans ton passé − proche ou lointain, selon ton âge.

Les filles, quand elles approchent de leurs premières règles, sont très curieuses de tout ce qui fait consensus dans la société sur ce qu’est être une femme aimée ou acceptée dans le monde adulte. Elles cherchent à comprendre, à saisir les critères de succès pour les femmes. Il faut se rappeler que la fille sait qu’elle va éventuellement quitter sa famille et qu’elle se dirige vers le monde social. C’est très important pour elle de comprendre, de saisir ce qui fait qu’elle sera aimée. Et plus elle a l’impression de ne pas être aimée telle qu’elle est, plus ce sujet devient épineux pour elle. Cela peut constituer une grande source d’angoisse. Un garçon aussi peut vivre cela. Cela fait partie du difficile passage de l’enfance à l’adolescence.

Tout le monde sait qu’il existe un fort tabou sur les menstruations. Et qui date d’il y a très longtemps

Le tabou menstruel contemporain fait en sorte que les gens évitent ce sujet et que, lorsque ce dernier tombe sur le tapis, les gens se sentent inconfortables. Bien sûr, ça tend à changer avec les nouvelles générations, et c’est tant mieux, mais il reste que ce changement est très nouveau. Les occasions où on entend parler des menstruations sont principalement dans le contexte soit de l’éducation sexuelle, soit de la visite médicale, soit des annonces publicitaires. Or, les filles étant si avides de compréhension sur ce qui fait qu’une femme réussit dans la vie, elles saisissent inévitablement l’ambiance qui règne quand elles entendent parler des menstruations… ou de l’utérus ou du clitoris, qui sont des mots que peu de gens osent prononcer. Elles sentent l’inconfort des gens qui en parlent. Elles sont témoins des tentatives d’évitement du sujet.

Alors que crois-tu qui se passe à ce moment-là? La fille finit par se faire à l’idée qu’il y a quelque chose de pas correct avec son corps, qui concerne son sexe, son appareil reproducteur et génital, son bas-ventre. Cette zone de son corps est louche, elle a quelque chose de sale, de pas acceptable socialement.

J’aimerais attirer ton attention sur le fait que les premières règles sont un moment où l’image du corps se structure et que les idées les plus centrales ou les plus importantes sur le corps se cristallisent pour très longtemps dans la vie – possiblement toute la vie. Il est très difficile par la suite de se débarrasser de l’expérience douloureuse – hyperangoissante − de se voir embarquée et débarquée dans la vie ado puis adulte avec un corps qui a quelque chose de pas correct. Pourquoi? Parce que cette expérience va se loger dans l’inconscient, étant trop douloureuse. À preuve, l’inconfort des femmes quand on parle de ce sujet.

Cela est très triste, car une femme qui croit que son sang menstruel est sale ou toxique aura de la difficulté à croire qu’un autre liquide qui sort de son corps, comme son lait, sera bon pour son futur bébé. Son lait sera louche, teinté par des mémoires bien enfouies dans son inconscient.

C’est pour ça que l’utérus crie, qu’il appelle la conscience dans cette zone du corps : pour que l’utérus et les autres organes comme le clitoris soient intégrés dans son image corporelle. Chaque menstruation est un effort de l’inconscient, de l’être tout entier de se réintégrer, de former un tout unifié.

Ce qu’on a appelé SPM, c’est justement ça, cet effort de réintégration. Je garde ce sujet pour un autre billet de blogue. Si tu es pressée de comprendre le SPM, tu peux aller sur mon site web sous l’onglet Articles.

Je vais terminer ce billet en insistant sur l’importance de te soulager des douleurs causées par les crampes menstruelles, car avec le temps tu peux développer une sensibilisation à la douleur. Je ne te recommande pas les traitements pharmaceutiques à cause de leurs effets secondaires, encore moins les contraceptifs oraux, à cause de leur effet nocif sur les os. Dommage qu’ils soient si souvent prescrits. Il y a toutes sortes de moyens non médicamenteux qui peuvent te soulager des crampes menstruelles. Une section de mon livre Le sang de la Lune décrit l’immense gamme de ces moyens à la portée de toutes. Tu peux aussi te rendre sur le site du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes (RQASF), un réseau formidable, pour lire son article sur les crampes menstruelles.

Ne laisse pas ton utérus crier! Mieux : va le voir, dis-lui que tu l’aimes, que tout ton sexe est correct. Si, après ça, tu vois une différence, SVP donne-m’en des nouvelles.

Andrée
© 2019

Ce n’est pas parce qu’on n’en parle pas que ce n’est pas important

As-tu l’impression qu’on te cache des choses sur les menstruations? Que ce qu’on te dit n’est pas tout à fait ça? Que c’est déformé? Merde! il doit bien y avoir quelque chose de positif dans les règles. À ta place, je me poserais des questions. En tout cas, moi je me les suis posées. Je m’y suis réellement plongée, curieuse des sujets cachés, souterrains, qui agissent puissamment jusqu’en surface.

Je te prépare un blogue, une série de billets qui t’amènera loin, très loin dans la compréhension de ton corps, de tes sensations, de tes émotions, cachées ou non, et de la société dans laquelle on vit. En plus… de la façon dont le patriarcat a pris racine et s’est installé dans nos sociétés et dans nos vies individuelles. Ce blogue sur les menstruations changera ta vie.

J’ai commencé ma vie menstruelle à 12 ans avec cette pensée : pas moyen d’être fière. Non, il n’y avait pas de quoi être fière. Le message qu’on m’envoyait était le même partout : motus! Consensus motus!

Mais là il faut que je te parle, que je te parle à toi. J’ai réalisé que ce que j’avais appris sur les règles – et que toi aussi tu as appris –, eh bien c’est faux. De faux concepts, de vieilles idées, distordues au fil du temps, et de nouveaux mythes à teneur médicale. As-tu hâte de faire le ménage là-dedans? T’as qu’à me suivre.

J’ai marché sur une terre brûlée. C’était d’une infinie tristesse. Au fil du temps, ce paysage, qui au départ m’est apparu si stérile, a commencé à verdir. Ce paysage brûlé est devenu terreau. Ça m’a pris du temps à en faire un jardin. Voilà où je veux t’emmener.

J’ai commencé à étudier les menstruations à la suite d’une vision, à 30 ans. J’étais sur mon lit. J’ai vu « Menstruations, pouvoir et joie » en lettres brillantes au plafond. Je savais que c’était le titre d’un livre et que c’est moi qui devais l’écrire.

Je ne me suis pas fait prier pour aller de l’avant. J’étais assise sur un tapis magique. J’ai aussitôt pris le chemin de la bibliothèque que j’avais fréquentée quand j’étudiais les maths et celui des autres universités de Montréal.

À l’époque, dans les années 1980, on traçait la piste de sa recherche documentaire à partir de petites fiches tassées les unes contre les autres dans de longs tiroirs. Onglet Menstruation. Au départ, je n’ai trouvé que des articles écrits par des psychiatres. Neurasthénie, hystérie… c’était le vocabulaire le plus courant. Lire ces articles m’a donné mal aux yeux. Puis je suis tombée sur un livre de Penelope Shuttle et Peter Redgrove, The Wise Wound. Wow! C’était avant le www.

Dans les années 1980, au milieu d’un fouillis d’articles de médecine sur le syndrome prémenstruel (SPM), sont apparus de plus en plus d’articles écrits par des femmes en psychologie, psychologie du développement ou éducation des filles, sociologie et anthropologie. J’allais de plus en plus souvent à la bibliothèque, car j’avais enfin de quoi me nourrir.

Des sommes colossales ont été dépensées en recherche sur le SPM, pour donner quoi? J’ai dû mettre aux rebuts une centaine d’articles qui me donnaient l’impression de tourner en rond. Pour voir apparaître plus tard une critique décapante de cette recherche biomédicale. Les chercheuses, qui s’étaient, pour la plupart, regroupées en une association pluridisciplinaire, la Society for Menstrual Cycle Research (SMRC), aux États-Unis, ont démontré rubis sur l’ongle, que la recherche qui avait donné lieu au concept de SPM était tarée. Truffée d’erreurs méthodologiques, de méthodes de collecte douteuses, de mauvaise foi. La boîte d’articles de médecine qui m’avaient fait tourner en rond a pris le bord!

Je me suis dit que tant qu’à écrire sur les menstruations, autant commencer par le très concret, par la physiologie. Ça a éventuellement donné un livre : Le sang de la Lune, la physiologie des menstruations. Puis, en lisant sur les premières règles – moment qu’on appelle la ménarche –, je me suis aperçue que cet événement était très important sur différents plans : émotionnel, relationnel – surtout avec la mère et, par ricochet, avec les autres femmes – et spirituel. J’ai vu l’importance d’aborder ce sujet. J’ai réalisé qu’il fallait absolument revisiter cet événement hyperstructurant si on voulait changer les choses, reprendre son pouvoir… et aider les filles à conserver leur pouvoir naturel.

La tricherie des auteurs en biomédecine, avec leur fameux concept de SPM, m’a dégoûtée, au point que j’ai voulu comprendre d’où était venue cette idée de voir les règles comme une maladie. Ça m’a amenée à faire un peu d’histoire du 19e siècle et du 20e siècle, notamment sur les bouleversements générés dans les institutions religieuses et capitalistes par les deux premières vagues féministes.

La recherche interdisciplinaire, menée essentiellement par les femmes, était hyperprometteuse, avec le nouveau concept d’exacerbation prémenstruelle qui remplaçait celui de SPM. Malheureusement, ce concept a été activement occulté par des acteurs d’organismes corporatifs, commerciaux et financiers. (voir article « Les menstruations, une occasion spirituelle » sur www.treizemeres.com)

Pendant ce temps, j’observais mes propres cycles, avec ses aspects tant positifs que négatifs… parfois même les deux à la fois. En m’observant moi-même, j’ai fini par me rendre compte que les règles pouvaient être un événement éminemment spirituel. J’avais des expériences de perception élargie, de médiumnité, de flashbacks fertiles, d’intuition accrue. D’ailleurs, en lisant des articles sur l’expérience des femmes dans la littérature scientifique, je me rendais compte que je n’étais pas la seule, que ces expériences étaient plutôt courantes chez les menstruantes.

Quand je me suis intéressée au tabou menstruel, à ses manifestations dans les divers types de sociétés, ah là! wow! quelque chose m’a sauté aux yeux. Je n’ai pu m’empêcher de comparer les pratiques et croyances menstruelles (interdictions, rituels, mythes) des sociétés patriarcales avec celles des sociétés plutôt égalitaires en termes hommes-femmes. Cette recherche anthropologique m’a amenée très loin. Elle m’a, entre autres, amenée à ressentir une grande empathie pour les hommes, généralement assez frileux de la spiritualité. Elle m’a surtout apporté une vision globale des menstruations, en bouclant la boucle : tout devenait cohérent, limpide. « Menstruations, pouvoir et joie », c’était exactement ces mots-là qu’il fallait me montrer.

Je ne t’en dis pas plus pour l’instant. Je t’invite à me suivre au moyen des billets que je vais afficher ici régulièrement et à me faire part de tes réflexions, commentaires, etc. Tu es aussi importante pour ce blogue que je le suis moi-même, car tout doit partir de l’expérience vécue pour assurer une base solide, valider ce que la science nous présente. Surtout éviter de créer de nouveaux mythes. On en a eu assez comme ça!

Remarque qu’on peut créer des mythes à partir de notre propre expérience, mais alors ce sont nos mythes à nous, nos symboles à nous. Ils deviennent la base de nos rituels à nous, les seuls qui aient du sens et qui nous connectent efficacement à ce à quoi on veut se connecter.

Alors j’attends tes remarques et commentaires. Merci d’avance pour toutes les femmes qui te liront et verront sans doute leur expérience personnelle validée.

Andrée
© 2019